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BENIN.Tour d’horizon avec LIONEL KPENOU CHOBLI directeur associé OPTIMUM CONSULTING suite

A la tête d’optimum Consulting vous disposez d’un point de vue privilégié sur la situation économique béninoise. Quel regard portez-vous sur la situation économique du BENIN ? Au service et non à la tête. Au mieux

A la tête d’optimum Consulting vous disposez d’un point de vue privilégié sur la situation économique béninoise. Quel regard portez-vous sur la situation économique du BENIN ?

Au service et non à la tête. Au mieux à la coordination. Car le moment venu, vous serez parmi ceux qui réclament qu’on coupe la tête quand elle ne vous plaira plus. Par déformation professionnelle, même dans le privé, je reste un serviteur. La situation économique se dégrade. C’est notre constat. Les indicateurs macroéconomiques sont une chose, les réalités du béninois en sont une autre. Concrètement c’est un gâchis collectif puisque nous ne tirons pas effectivement partie de notre potentiel. Nous faisons du coton avec une faible productivité et négligeons les autres cultures. Nous faisons très peu de transformation industrielle. Nos services sont peu performants. Cela peut sembler sévère mais que chacun se souvienne que les enseignants les plus sévères sont ceux que nous admirons avec le recul. Il n’y a pas d’électricité et d’eau à flux constants et vous parlez d’une économie ?

La note d’espérance c’est le potentiel. La question, c’est sa réalisation. C’est parce que nous y croyons fermement que nous sommes présents depuis 2011. Mais il faut commencer par la formation. Le Bénin n’a pas les hommes pour ses ambitions. Et vu comme l’on sacrifie la jeunesse, c’est peut être une stratégie. Tant qu’on ne pensera pas à enrichir des béninois, tout sera vain.

Le NIGERIA est la première puissance économique du continent africain en 2014 détrônant l’Afrique du Sud. Le BENIN, pays voisin avec Cotonou la capitale économique concentre le port, l’aéroport, la gare et le plus grand marché de l’Afrique de l’ouest : le marché Dantokpa à une heure de Lagos. Malgré ces atouts, la relation économique entre les deux états est bancale. Comment peut-on expliquer cette situation ?

C’est normal et c’est bien. Quand le Nigéria sera parmi les 15 puissances mondiales en 2050 et que les ivoiriens, ghanéens et togolais vont enjamber le Bénin pour aller y faire des affaires, nous en reparlerons. Dans l’armée, ils appelleraient cette situation du « bordel ». Commençons par apprendre l’anglais à tout jeune béninois du CI jusqu’en terminale et vous verrez la dynamique. Parfois, il faut savoir se taire pour ne pas déranger et laisser les situations édifier tout un chacun. Quand le secteur formel va s’imposer au Nigéria, le Bénin coulera des larmes.

Terre d’accueil, de soleil, le Bénin fascine le visiteur depuis le littoral au Sud avec ses villages lacustres jusqu’aux montagnes de l’Atacora dans le Nord. Comment comprendre l’absence ou l’inexistence de la destination BENIN chez les opérateurs du tourisme? Quelle stratégie pour un développement touristique durable ?

Vous êtes un patriote hors normes. Si vous gagnez votre argent toute l’année et souhaitez 15 jours de repos, c’est pour quel objectif ? L’accessibilité, le confort, la relaxation. Voyez les choses en face ! Dans quels hôtels logerions-nous ces touristes ? Quels moyens de transport les déplaceraient du Sud au Nord ? Le billet Paris-Cotonou coûte plus cher que Paris-Bangkok. Y a-t-il des personnels formés en hôtellerie et restauration ? Des villes sans taxis, des motocyclistes qui grognent pour un simple casque. Soyons vraiment sérieux sur ce sujet et constatons l’absence criarde de politique de valorisation et de promotion de notre capital culturel et touristique. Le Mont SAGBARAO par exemple, vous connaissez cela vous ? Si le Béninois n’aime pas son pays, ce n’est pas l’étranger qui l’adoptera.

La question de l’électricité et de son prix traditionnellement très sensible car lié au pouvoir d’achat s’est hissé ces derniers mois au rang de sujet stratégique national. L’énergie pour des entreprises étant au départ d’une productivité ne pensez-vous pas que le BENIN manque d’ambition dans le domaine de l’Energie ?

Peut être qu’il y a une ambition de vivre dans l’obscurité. Certains aiment tellement le noir, on ne sait jamais. Il faut privatiser ces secteurs et laisser la régulation à l’état sur la base d’une politique d’aménagement énergétique du territoire et de contrôle de l’accès du plus grand nombre au service minimum. Tout le reste équivaut à du cinéma non récréatif puisque les sociétés d’état ont de l’argent dans lequel l’on puise pour d’autres activités. Le béninois n’est pas un personnage violent sinon, quand la SBEE ou la SONEB osent sponsoriser des concerts, il pourrait y avoir des réactions vives.

Dans le débat autour de la crise énergétique, le point de vue des opérateurs privés comme Optimum consulting est-il suffisamment pris en compte ?

Vous connaissez la réponse. Et pourtant …

La crise énergétique nécessite des outils de planification des autorités organisatrices, des financements. Quelles sont les propositions ou qu’attendez-vous des acteurs nationaux ?

Les possibilités de financement sont bien réelles. Pour le secteur de l’énergie, elles surabondent. Sans immodestie, il y a au moins 20 béninois que je connais et je m’y inclus, qui peuvent travailler sur 5 ans pour doubler ou tripler les capacités énergétiques via des investisseurs crédibles et des partenaires techniques reconnus. Or je suis petit et je ne connais presque rien ni personne en ce bas monde. C’est dire que le Bénin peut s’en sortir !

Que faut-il faire pour que ça change ?

La balle est dans le camp des gouvernants. Enfin, ceux de demain. Et dans le nôtre : que quelqu’un qui n’a pas de propositions claires et réalistes pour l’énergie, s’abstienne même de se présenter aux élections dans les années à venir.
Parlons de l’accès au logement au Bénin, certains fustigent le fait que les logements sociaux sont inaccessibles aux foyers moyens et estiment que seuls quelques nantis peuvent se payer ce privilège. Est-ce admissible cet état de chose, connaissant le niveau du SMIG au Bénin ?

L’état n’est plus propriétaire de la terre au Bénin. Tout revient donc très cher en termes de mise à disposition d’espaces. Ensuite, est-ce que ce qui se construit correspond aux réalités financières du consommateur ? Il y a les mentalités. On pense que le béton, le fer et les paillettes font le prestige social. Il faudrait inverser le mode de conception : combien gagne un béninois ? Combien peut-il mettre dans le logement ? Quelle est son espérance de vie ? En fonction de ces critères, on modélise des types de logis. Mais bon, quand on sait que les tôles et les sacs de ciment sont des accélérateurs de campagne électorale …

Quels sont les grands axes de la stratégie a adopté pour un développement durable et comment inciter les citoyens à changer leurs comportements alors qu’une partie significative de la population est menacée par la précarité et l’absence d’énergie ?

C’est l’éducation et la responsabilité. Je n’aimerais pas trop développer ce sujet. Nos grands-parents n’étaient pas sales. La rue est devenue un dépotoir et la maison une porcherie. Même l’individu devient un déchet dès lors qu’il se dépigmente la peau. C’est dangereux. Avant de parler d’environnement, de reboisement et autres, le développement durable est d’abord et avant tout humain. Que l’esprit soit sain, le corps sain. Le Ministère de la Santé Publique doit être couplé avec l’Environnement et l’Assainissement.

Dans l’actualité politique quelle est la place faite aux défis de développement urbain durable ?

C’est la première place. Les politiciens relégués des fonctions nationales ont pris d’assaut les postes de maires. C’est cette place qui est faite au sujet dans l’actualité politique. Le développement durable du Maire, de ses amis et de leurs affaires. Certains tentent, certains osent mais globalement c’est cela.

Selon vous les collectivités béninoises peuvent-elles s’inspirer des démarches mises en œuvre dans d’autre pays ?

Et pourquoi pas ? L’autarcie n’a plus sa place dans le monde d’aujourd’hui. Avant de s’intéresser aux expériences d’ailleurs, pensons déjà à recenser une expérience modèle dans chacune des 77 communes et à la répliquer. Nous sommes certains que cela existe et porterait des fruits.

Quatre habitants sur cinq se déplacent à Cotonou en deux roues motorisées (motos ou taxi motos) Que pensez-vous des résultats mitigés dans la mise en œuvre de stratégie de transport collectif ?

Cela rejoint la question du développement durable et de la santé. Le cancer, l’asthme et les traumatismes sont érigés en politiques à long terme.

La réalité est que nulle part le secteur du transport collectif n’est financièrement très rentable. Mais états et privés s’entendent pour un équilibre des charges en vue de répondre à une problématique d’importance. Cotonou par exemple est un terrain rêvé pour le bus, le tramway, le transport fluvial ou encore le vélo. A ce moment là, le Zémidjan persistera comme une solution originale ou un moyen d’accès aux zones particulièrement reculées ou improprement desservies.

Toutefois, quand l’ambition est limitée et les esprits obtus, tout semble inédit. Les récits de ma grand-mère m’ont permis d’observer que le tramway de Cotonou (le T2C) ne serait qu’une résurgence de l’ancien train qui lui permettait certains samedis, de quitter l’internat à Porto-Novo pour se rendre dans la concession familiale à Ouidah, avec un arrêt au retour à Cotonou pour saluer sa propre grand-mère à la descente de l’Ancien Pont.

A quoi doivent se préparer les nouvelles équipes municipales et présidentielles ?

A l’exigence croissante des citoyens et à l’impatience.

Que vous inspirent les mots-clés suivants ? Espaces verts en ville, toilettes publiques, poubelles, panneaux d’affichages, libres expression, assainissement, ordures ménagères, écologie urbaine ?

A des nécessités devenues rêves et que nos enfants nous cracheront à la figure si nous ne les matérialisons pas. Rien que la question des toilettes, ça touche à la dignité des gens.

Quels sont les freins au développement du BENIN ?

C’est moi. C’est vous. C’est nous. Changeons de mentalités pour l’avenir d’un Bénin rénové à l’horizon 2050.

Quelles peuvent être les solutions ?

Continuer à rêver mais en travaillant de façon plus stratégique, plus organisée et plus efficace.

Quelles sont les urgences ?

Restaurer l’autorité de l’Etat tout en ancrant la démocratie. On a fait croire aux béninois que la démocratie était synonyme de désordre. Cela est nocif. Libérer le privé, le tirer vers le haut, en faire un partenaire et prioriser l’émergence de béninois dans tous les secteurs tout en développant la dépendance des autres pays vis à vis de nous. Mais surtout et avant tout : la justice. Politique, économique et sociale. Que tous soient représentés et associés aux pouvoir, que tous aient un minimum décent. Mais que chacun sache qu’il a des devoirs.

D’une manière générale, quel regard portez-vous sur l’enseignement des professionnels  au BENIN ? Les entreprises sont-elles satisfaites des profils formés ? Y-a-t-il adéquation entre l’offre et la demande ?

C’est l’éducation ! La première politique publique nécessaire pour le Bénin, c’est l’éducation. Avec cela, vous écraserez le régionalisme, la corruption, la paresse, l’inertie. Vous obtiendrez même des gens qui vont vous parler de l’aménagement du territoire et surtout qui vont le pratiquer. Il faut former le béninois afin qu’il sache qu’il est propriétaire et non locataire de son pays. Le chef de chantier, c’est chacun sur sa parcelle de terrain spirituel, intellectuel, professionnel, économique …

Quel premier bilan pouvez-vous en faire ? A quel blocage êtes-vous confronté ?

Je suis là. Optimum est là. Nous sommes là pour longtemps. C’est le plus important.

Il n’y a pas de blocage, il n’y a que des problèmes dont il faut trouver les solutions.

Si vous me demandez si c’est difficile, je vous répondrai que la vie elle-même est une difficulté.

Quels éléments de changement percevez-vous dans votre environnement social et professionnel ?

Nous essayons de changer nous-mêmes en permanence sans changer de valeurs. Nous nous adaptons, nous apprenons. C’est l’école de l’humilité.

Nous anticipons sur le bouleversement social qui aura un impact politique et économique. En 2025, le Bénin au niveau des forces vives, sera totalement renouvelé. La démographie est la plus grande arme qui existe, à condition que la majorité soit consciente et ambitieuse.

Quels sont les bénéfices pour l’investisseur au BENIN ?

Aujourd’hui nous ne sommes pas attractifs sur ce plan. Demain, nous en reparlerons. L’école de l’humilité nous a appris à éviter les polémiques inutiles.

Parlez-nous du dynamisme des entreprises au BENIN

Le secteur le plus dynamique, c’est celui de la recherche : l’Etat se cherche un rôle, les entreprises béninoises se cherchent des secteurs porteurs, les travailleurs se cherchent une ambition, les jeunes se cherchent un destin, les femmes recherchent la dignité telles des Prométhée de fortune puisque sans lampes et sans boussoles. En définitive, c’est tout un pays qui se cherche un cap. Or pour nous développer, nous n’avons pas besoins de tant de chercheurs, il nous faut des trouveurs, il nous faut des solutions, de la production.

Le BENIN a-t-il tourné la page de la criseéconomique mondiale?

Certainement. Il vit celle de la crise économique locale et localisée. Notre gouvernance est insuffisante, notre croissance molle et partant de là, nous n’avançons pas, nous reculons.

Avez-vous le sentiment d’une évolution de la situation ?

Il y a eu la Table-Ronde de Paris. Une pluie de milliards s’annonce. C’est une évolution.

Un appel aux investisseurs qui hésitent et à la diaspora béninoise

Il faut être professionnel en toutes circonstances. Je ne saurais inciter un investisseur à s’implanter au Bénin s’il n’y a pas un intérêt avéré ou si d’autres solutions l’arrangent. Ceux qui le font desservent le Bénin et les béninois. Je pourrais lui dire que c’est une terre d’avenir qui mérite d’être scrutée et que demain, il faudra y être.

Pour la diaspora, vous savez, il faut laisser chacun faire ses choix et son expérience. Je n’ai rien à conseiller sinon d’être béninois ou que l’on soit et de s’engager comme on peut au niveau familial, associatif, local ou plus, pour sortir ne serait-ce qu’un compatriote de la pauvreté. 

Un message à la jeunesse africaine, et à nos lecteurs…?

Le salut de l’Afrique ne viendra jamais d’ailleurs : c’est en nous-mêmes africains qu’il faut le chercher. Le spirituel, l’intellectuel, le politique, l’économiste, le financier, l’entrepreneur, le travailleur, l’éducateur et la femme doivent se mettre ensemble pour propulser la nouvelle génération.

Voici un chant que j’ai adapté lorsque j’étais au lycée, à partir de deux hymnes que j’ai beaucoup entendus durant mon enfance : l’hymne du PDCI-RDA en Côte d’Ivoire et celui du PDG au Gabon. J’ai retrouvé le manuscrit il y a quelques jours, au hasard d’un déménagement.

  • Fiers enfants de Bio Guerra,
  • Dignes fils du Dahomey,
  • Frères des rives du grand Ouémé,
  • Dans la Paix, Dans l’Unité
  • Rassemblement, Rassemblement, Rassemblement, Démocratie et Progrès,
  • Voilà notre grand destin
  • Changeons de mentalités,
  • Pour l’avenir d’un Bénin rénové,
  • Afin que demain notre pays,
  • Soit fier de ses enfants unis …
  • Lèves-toi peuple béninois,
  • En avant et toujours de l’avant,
  • Lèves-toi jeunesse béninoise,
  • Pour l’avenir de tes enfants …
  • Rassemblement, Rassemblement, Rassemblement, Démocratie et Progrès,
  • Voilà le grand Bénin

Interview par Steve Nicoué KOTEY Architecte DE Consultant en Innovation pour  www.archicaine.org

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

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