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DJIBOUTI.Interview de Salma Mohamed Abdoulkader, Architecte DE

Archicaine célèbre le 8 mars Beaucoup l’ignorent sans doute mais la date du 8 mars a été retenue par Lénine, le 8 mars 1921, en honneur aux femmes qui manifestèrent les premières le 8 mars 1917

Archicaine célèbre le 8 mars

Beaucoup l’ignorent sans doute mais la date du 8 mars a été retenue par Lénine, le 8 mars 1921, en honneur aux femmes qui manifestèrent les premières le 8 mars 1917 à Petrograd, lors du déclenchement de la révolution russe.  Cette journée est donc issue de l’histoire des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. C’est une journée de manifestations à travers le monde : l’occasion de revendiquer l’égalité et de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. Traditionnellement les groupes et associations de femmes militantes préparent des manifestations partout dans le monde, pour faire aboutir leurs revendications, améliorer la condition féminine, fêter les victoires et les avancées.

Mais qu’en est-il du continent africain ? Le statut des femmes djiboutiennes est-elle la même que celle des femmes malgaches, mauritaniennes, sénégalaises, zambiennes, éthiopiennes, libyennes, etc. ? Le continent africain gagnerait-il à mieux valoriser un développement conduit par des femmes ? D’ailleurs donne-t-on l’occasion à ces femmes d’exprimer leurs avis ?

Archicaine célèbre la journée internationale de la femme

Tout d’abord, permettez-moi de vous remercier pour ce privilège que vous m’accordez en me proposant cet entretien.  Je tiens également à vous féliciter pour ce magnifique travail de mise en valeur de  l’architecture de notre  tendre continent

Merci pour l’honneur que vous nous accordez pour cet entretien. C’est moi qui vous remercie pour votre intérêt.

Présentation du Pays 

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La république de Djibouti, est un jeune pays de la corne d’Afrique situé à la jointure de l’Afrique et de l’Asie au débouché de la mer Rouge. Ancienne colonie française, elle est peuplée de près de 800 000 habitants aujourd’hui, urbain pour plus de la moitié d’entre eux.

Portrait Parcours

Salma MOHAMED, 26 ans, architecte diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (France) et actuellement responsable du service de conception au Fond de l’Habitat à Djibouti.

Formation

  1. Quelles sont les raisons pour lesquelles vous avez choisir de devenir architecte ?

Mon rêve d’enfance était de dessiner ma propre maison un jour car je constatais déjà que la maison dans laquelle je vivais n’était pas en accord et en harmonie avec notre mode de vie. Avec le temps, mon désir de devenir architecte s’est renforcé. C’était une découverte et une rencontre avec un métier passionnant qui ne m’a jamais laissé indifférente et j’ai décidé d’en faire ma vocation.

  1. Quel a été votre parcours ?

Mon parcours éducatif a démarré à Djibouti où j’ai obtenu un BAC Scientifique reconnu par l’académie de Bordeaux.  Compte tenu de mes aspirations d’architecte, j’ai postulé dès la classe de terminale, à l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Grenoble où j’ai suivi tout mon cursus universitaire.

  1. Comment vivez-vous l’expérience d’être une femme architecte ?

Je ressens une grande fierté d’être femme architecte, africaine et musulmane, surtout dans les conjonctures actuelles où le débat sur la place de la femme dans le milieu professionnel en Afrique fait rage. Sur ce point je tiens à préciser que le rapport Homme – Femme dans le milieu professionnel à Djibouti n’a rien à  envier à celui de la France par exemple.

  1. Au cours de votre formation, aviez-vous eu des modèles d’architectes ou aviez-vous fait  des rencontres  qui ont orienté ou influencé vos choix aujourd’hui ?

            Durant mon parcours j’ai côtoyé  plusieurs modèles parmi lesquels des architectes de renommé internationale : Oscar Niemeye, RenzoPiano, Shigeru Ban, Kenzo Tange, etc…

Mais personnellement Tadao Ando m’inspire énormément, car au-delà de la forme architecturale qu’il produit, sa philosophie architecturale, son dévouement à son métier et surtout son parcours professionnel me sont une source d’inspiration.

  1. Comment aviez –vous vécu votre retour à Djibouti après votre formation en France ?

Ce n’est toujours pas facile de se réadapter à sa société après plusieurs années passées à l’étranger. Personnellement, ça été un plaisir de regagner ma patrie et ma famille. Mais sur le plan professionnel, la transition a été et est toujours difficile car l’approche occidentale de l’architecture que j’ai acquise durant mon passage en France est loin d’être la même qu’à Djibouti. Je pense que c’est la difficulté que je partage avec mes « confrères »  qui ont eu des expériences en Occident. C’est un challenge pour nous  de concilier  ces deux approches.

  1. Quels décorateurs, architectes, designers, paysagistes ou artistes vous inspirent particulièrement?

En plus de Tadao Ando, je suis inspirée également par Le Corbusier,  Oscar Niemeyer, Portzamparc et Gilles clément notamment.

Regard Professionnel

  1. Quel regard portez-vous sur le secteur de l’architecture à Djibouti ?

L’architecture djiboutienne s’inspire de l’architecture française de l’époque coloniale et orientale avec des arcades  sur les façades, des ouvertures et volumes généreux, mais Djibouti est en phase de recherche d’identité car c’est un territoire qui a connu plusieurs influences étrangères depuis sa naissance. 

En  réalité, le pouvoir public a lancé depuis une décennie un grand programme des logements sociaux afin de fournir un habitat décent à chaque ménage djiboutien. Dans ces programmes,  l’identité architecturale a été longtemps reléguée en second plan pour des raisons diverses.

D’autre part, les maitres d’ouvrages privés sont intéressés généralement par des opérations de constructions à très grands rendement tels que des villas de standing. Quant au particulier, il se contente de construire seulement un toit avec l’aide d’un chef chantier, ingénieur ou dessinateur car tout simplement le recours à un architecte n’est pas requis par la loi. Il est temps qu’aujourd’hui Djibouti crée et construit sa propre identité architecturale à l’image de son peuple et son contexte à travers son histoire, son présent et son futur.

  1. Qu’est-ce que vous voulez apporter comme innovation dans l’architecture  à Djibouti ?

La nouvelle architecture de Djibouti doit s’inspirer de son contexte, sa spécificité géo-climatique, sa richesse culturelle et ethnique à travers des matériaux locaux tendances ainsi que des concepts structurels et fonctionnels adaptés.L’architecture doit être au service de l’Homme. Mon ambition est de faire d’un bâtiment un lieu de communication avec l’Homme, l’environnement et la nature. L’architecture doit être en harmonie avec celle-ci, elle est conçue pour protéger les hommes  de cette nature, du soleil, de la pluie, mais elle ne doit pas être en opposition avec son environnement.

 Quelles sont les spécificités du territoire Djiboutien ?

Le premier souvenir que l’on retient souvent de Djibouti est le climat, la température peut grimper jusqu’ à 45°C en été, ainsi que le cosmopolitisme de la capitale Djibouti. C’est une terre de rencontre de l’occident et de l’orient. Vous pouvez, par exemple, croiser des américains chinois, français, égyptiens, indiens au centre ville ou sur le Terrasse d’un café. Pour un pays  de moins d’un million d’habitant dont la religion d’état est l’islam, vous pouvez trouver dans l’un des axes majors de la ville une église catholique, proche d’une école protestante, une église orthodoxe et à quelques mètres une mosquée.  Mais ce qui est dommage aujourd’hui  c’est que l’architecture de Djibouti ne reflète pas ce cosmopolitisme, sa diversité et richesses culturelles.

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  1.  Un message à l’endroit des personnes intéressées par le métier d’architecte.

Le métier d’architecte nécessite un grand investissement personnel. Il faut être prêt à changer votre quotidien et se préparer psychologiquement aux  « charrettes » du moins pendant les études.  Je dirais finalement la meilleure manière d’avoir une idée est de rencontrer un architecte.

  1. Que pensez-vous de l’initiative du web www.archicaine.org lancée par de jeunes architectes africains ? Vos conseils?

Je salue tout d’abord ces initiatives qui ont pour but de promouvoir l’architecture auprès des citoyens africains et de les sensibiliser à l’architecture. L’Afrique a besoin de ce genre d’action qui vise à instruire d’avantage nos peuples.
Sur ce, je vous encourage et vous apporte tout mon soutien pour la suite.

Merci pour la confiance, nous comptons sur vous pour notre rayonnement. Notre équipe sera toujours la pour toutes vos publications.

Interview réalisé par Steve Nicoué KOTEY  Architecte DE / archicaine.org

Salma Mohamed Abdoulkader : salma.mohabdo@gmail.com

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

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