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Manifeste : Pour une digne architecture Africaine du futur ?

Nouvelle Afrique, nouvelle Identité. Plusieurs d’entre vous lecteurs ne me connaissent pas, pour ne pas trop tergiverser, Abiola Akandé YAYI, je suis de nationalité béninoise, étudiant en Architecture et Urbanisme à l’Université Fédérale de Uberlândia

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Nouvelle Afrique, nouvelle Identité. Plusieurs d’entre vous lecteurs ne me connaissent pas, pour ne pas trop tergiverser, Abiola Akandé YAYI, je suis de nationalité béninoise, étudiant en Architecture et Urbanisme à l’Université Fédérale de Uberlândia dans l’état de Minas Gerais au Brésil et représentant de l’Association AFRIKArchi au Brésil.En 2013 j’ai eu l’honneur d’être avec un collègue de classe, lauréat du concours international d’idées organisé par le CISP-Niger pour la construction du Pavillon de l’Architecture en Terre à Niamey.

Entrant dans le vif du sujet, il s’agit ici de lancer concrètement un débat qui court depuis un certain temps dans la jeune sphère architecturale Africaine. Quelle identité pour l’Architecture Africaine du futur?

Au risque de me faire désavouer, je me lance donc dans cette aventure. L’objectif de ce document est de pousser mes confrères africains du monde de la construction à exposer comme moi, leurs idées pour que nous puissions faire une synthèse des différents éléments qui pourraient constituer une base conceptuelle pour n’importe lequel d’entre nous. Je vais pour cela vous proposer ma vision de l’architecture et pour l’illustrer, je passerai par un diagramme conceptuel que j’ai conçu et qui représente les 5 principes qui définissent l’Architecture à laquelle je crois.

  1. 1.     Valorisation de la personne.

Tout d’abord j’aimerais faire la nuance entre valorisation de la personne et valorisation du client. La personne dont il est question ici c’est l’être humain. Valoriser la personne, c’est valoriser sa culture, son histoire, ses traditions, la comprendre plus qu’elle ne se comprend elle-même pour lui proposer le meilleur que nous avons. C’est pratiquement un travail de psychologue que je nous demande de faire, mais allez-vous me contredire si je dis que les architectes jouent un rôle primordiale dans la psychologie collective de la société ? À plus forte raison en Afrique, où il y a eu un processus d’acculturation qui malgré sa violence, s’est subtilement enraciner dans notre société et qui aujourd’hui encore nous fait douter de nous-même! L’architecte africain du 21ème siècle doit, au-delà de ses connaissances scientifiques, avoir champ intellectuel culturel plus approfondit que la moyenne, faute de quoi, il continuera à reproduire l’Architecture « Internationale », cette architecture dépourvue d’identité, sinon celle de la voracité du capitalisme mondialiste.

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Posez-vous une question : combien d’artistes plasticiens africains je connais ? Si vous en connaissez je vous paris que vous en connaissez très peu, pourtant une des bases de l’architecture est son côté artistique. En occident, nous étudions des artistes tels que Mondrian, Vitruve, Picasso, Kandisky etc… Ne vous trompez pas, même si vous n’avez pas compris grand-chose à leur art, ça ne veut pas dire qu’elle ne vous influence pas. Je ne vous demande pas de devenir spécialiste en arts Africains (ce qui ne serait d’ailleurs pas mauvais), mais essayez de faire un shoot visuel d’une bonne quantité d’images d’arts africains contemporains et vous verrez que bientôt votre vision du rationnel, de l’ordre, du chaos, de la beauté etc en prendra un coup. Je donne cet exemple pour attirer votre attention sur la nécessité d’être observateur, être critique. Demandez-vous , Pourquoi je fais ça ? Est-ce parce que je le veux et que j’y crois, ou parce que c’est le format qu’on a idéalisé pour moi ?

Vous êtes surement nombreux à avoir lu Le Corbusier, mais je suis sûr qu’il y en a peu qui ont lu Hassan Fathy qui est pourtant une clé, une référence pour nous.

Nous devons nous documenter pour être solides moralement et avoir la certitude que les décisions que nous prenons sont nôtres. Pour valoriser l’Afrique il faut comprendre son essence. Nous devons être conscients que valoriser son client, c’est d’abord valoriser sa personne, augmenter son auto-estime, pas par des flatteries de lèche botte, mais plutôt en lui montrant ce qu’il a de beau mais qu’il n’observe pas avec la bonne vision, je veux parler en l’occurrence de sa culture. Comme vous avez pu le constater, ceci ne s’applique aux personnes sans distinction de sexe, et de classe sociale. Notre discours et nos actes seront fondamentales dans cette lutte.

2. Développement Durable

Pour expliquer ma vision je passerai par trois points principaux : efficacité énergétique, gestion économique des ressources naturelles, développement endogène. Étant donné que ces concepts sont intrinsèquement liés, il serait erroné de les sectoriser. En effet quand on parle d’efficacité énergétique, on est en même temps en train de faire de la gestion économique et une des manières les plus efficaces d’atteindre ces objectifs est de passer par le développement endogène.

Premier point, le principe de mobilité. La mobilité a un impact direct sur les dépenses énergétiques et financières de la construction. Utiliser les matériaux locaux VS utiliser des matériaux importés. Je voudrais ici exprimer mon profond désarroi quant à la nécessité de devoir discuter une telle question, parce qu’à mon avis la question ne devrait même pas se poser, puisque le bon sens voudrait que la réponse soit unanime, utiliser les matériaux locaux présente bien plus d’avantages que d’en importer. Pour ne pas faire d’affirmation gratuite, je vais à présent énumérer les avantages que présentent pour moi l’utilisation des matériaux locaux, laissant ensuite le choix à chacun de décider à partir de cette réflexion, sa position.

Mobilité réduite = dépenses énergétiques réduites et baisse du coût de construction. En utilisant un matériau disponible sur place, nous gagnons du temps. Ensuite nous évitons le transport qui est l’un des facteurs principaux de la pollution atmosphérique, nous gagnons de l’énergie car pour le transport il faut des sources énergétiques, et de ce fait nous faisons des économies pour la construction tout en préservant la nature. Et puisqu’on parle de nature, il faut que nous réapprenions à l’écouter, à l’étudier pour mieux vivre en harmonie aussi bien avec elle qu’entre nous.

Gestion des ressources naturelles. Il s’agit ici de s’ouvrir à une discussion internationale sur la création de systèmes qui nous permettent de mieux profiter des ressources naturelles et si possible de les réutiliser. Les éléments sur lesquels je me focalise sont l’incidence solaire, les eaux de pluies, la ventilation naturelle. Il faut donner la priorité aux techniques qui valorisent ces trois éléments, c’est-à-dire, penser d’abord à l’illumination et à la ventilation naturelle, proposer des solutions innovatrice pour une meilleure utilisation des eaux de pluies.

Préservation culturelle. Pour assurer la durabilité d’une société, il faut assurer la pérennité de sa culture. Évidemment beaucoup diront que la culture et les traditions sont faites pour se métamorphoser, idée que je partage d’ailleurs ! Mais est-ce que dans le processus de développement que nous vivons actuellement sur le continent, notre culture subit une métamorphose ? Ou est-elle simplement balayée par une culture étrangère qui s’est imposée par la force et la ruse ? La seconde option est à mon sens plus vraisemblable. Toutefois cette culture n’est déjà plus aussi étrangère à notre société et mon souhait est que s’opère une synthèse entre ces moments qui ont marqués notre vie socio-politique, économique et culturelle à travers l’histoire.

3. Diversité Culturelle

Contrairement à la diversité que prône le mondialisme capitaliste qui veut que les uns s’assujettissent aux autres dans un rapport de force, la diversité que je défends ici est celle qui voit les richesses de chaque culture, une diversité qui nie le régionalisme, l’ethnocentrisme, le tribalisme et qui recherche une synthèse évolutive dans le respect de chacune des diverses cultures qui la compose. Chacune de nos cultures regorge de techniques constructives, d’approches artistiques propres à elle. Ma proposition est de s’ouvrir aux atouts positifs qu’elles nous offrent, indépendamment de leurs provenances, ceci dans un souci d’intégration qui enrichirait fortement notre architecture. Prendre le temps comme je l’ai dit précédemment, d’observer, de voir l’espace au-delà des frontières scientifiques. Prêter attention aux manifestations artistiques populaires et chercher à les appliquer à l’architecture serait un début. C’est évidemment un long processus, mais nous devons nous pencher sur la question si nous voulons vraiment constituer une nation, forte, qui sache se défendre contre toutes formes d’oppressions. Pour ne pas répéter la formule ‘’L’union fait la nation’’, je dirai que ‘’ La synthèse fera notre nation’’.

4. Innovation

Quand on voit l’évolution comme un principe récursif et non pas linéaire, on comprend aisément qu’aller puiser dans le passé ne signifie pas prendre du retard, mais plutôt prendre de meilleurs appuis lorsqu’on est perdu dans notre analyse. L’innovation de notre génération ne peut pas se limiter au présent, il faut que nous allions chercher dans le passé des éléments susceptibles de servir encore aujourd’hui et les améliorer grâce à la science. Nous adapter aux réalités actuelles sans toutefois ignorer notre passé qui représente un bagage fondamental pour éviter des erreurs futures. Dans la même optique, il ne faut pas simplement voir ce qui vient de l’occident ou de l’orient comme des prêts à porter, mais avoir un regard critique pour savoir discerner ce qui réellement est innovateur et qui pourraient nous être bénéfique si nous devions l’adopter chez nous. Une fois de plus, faire une synthèse basée sur la critique constructive.

5. Complexité

Elle constitue le ralliement entre les points énumérés précédemment. Attention à ne pas confondre complexité et complication. La complexité peut être compliquée mais pas nécessairement. Les relations entre homme et nature, entre culture, tradition et évolution sont complexes mais c’est l’analyse que nous faisons qui définit leur simplicité ou leur degré de complication. Pour moi, elles sont relativement simples sur le fond.  La complexité à très souvent été présente à travers l’histoire aussi bien en architecture qu’en urbanisme, mais au moment de la renaissance en occident, il y a eu une rupture quelque peu violente des relations complexes qui existaient entre les divers éléments précités. Aujourd’hui il nous revient d’aller reprendre dans le passé, les instruments légués par l’ensemble des cultures de la planète qui pourraient nous être utiles dans le monde contemporain dans la résolution de plusieurs problèmes que nous n’aurions certainement pas eu à affronter si nous avions tenu compte de ces instructions. Certainement il faudra les adapter aux réalités actuelles.

Quelques pistes : étudier l’écologie à travers l’histoire pour repérer les instruments récursifs qui ont su s’imposer dans les diverses cultures jusqu’à ce jours, la géométrie fractale (Benoît Mandelbrot),  The fractals at the heart of African designs de Ron Eglash sur TED.com. Et si vous vous intéressez à approfondir la question pour mieux cerner comment appliquer la complexité à l’architecture, je suis à votre disposition même si je ne suis pas encore expert du sujet. Tous les commentaires constructifs sont les biens venus.

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

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