Home / ETUDIANTS  / PFE : Projet urbain et architectural à Grand Bassam Côte d’ivoire par Jaurès AKA MOBIO & Gaetan CROISILLE

PFE : Projet urbain et architectural à Grand Bassam Côte d’ivoire par Jaurès AKA MOBIO & Gaetan CROISILLE

Grand Bassam est la capitale historique de la Côte d’Ivoire. Située à 43 kilomètres à l’Est d’Abidjan, cette ville a un rapport à l’eau indéniable, étant localisée à l’embouchure de trois cours d’eau, dont les

Grand Bassam est la capitale historique de la Côte d’Ivoire. Située à 43 kilomètres à l’Est d’Abidjan, cette ville a un rapport à l’eau indéniable, étant localisée à l’embouchure de trois cours d’eau, dont les deux plus importants du pays : la lagune Ebrié reliant Grand Bassam à la côte Ouest en passant par Abidjan d’une part ; et le fleuve Comoé reliant le Burkina Faso à la Côte d’Ivoire d’autre part.

L’origine de notre intérêt pour ce sujet se tient dans l’urgence écologique majeure, qui concerne le contexte dans lequel évolue la ville de Grand Bassam. De ce fait, elle s’inscrit dans un environnement naturel présentant plusieurs lagunes qui subissent de fortes pollutions urbaines (ou bien encore domestiques), et qui plus est, au contact de conditions climatiques singulières.

Sa géographie majoritairement littorale induit également de nombreux problèmes d’inondations, la fermeture de l’estuaire naturel étant en grande partie responsable. Les conséquences de ces menaces écologiques sont l’importante mise de côté d’un patrimoine naturel riche et diversifié, ainsi qu’une construction urbaine s’effectuant en marge de son élément fédérateur : l’eau.

Cette prise de conscience s’accompagne également d’influences sur les manières de construire, allant jusqu’à impacter les matériaux eux-mêmes, actuellement pas du tout adaptés au contexte local. En effet, les constructions sont totalement décontextualisées, car étant calquées sur un modèle plus généralisé, occidental. Les conditions environnementales locales sont ainsi ignorées au profit d’un usage banalisé du béton, qui engendre alors de nombreuses constructions dites « à risque », notamment en ce qui concernent la prolifération des bactéries, ou en cas de risques naturels. On fait face alors à un réel paradoxe : au travers de la transposition occidentale le béton prévaut, malgré un territoire riche en matériaux locaux.

Désormais, l’importante croissance démographique fait d’Abidjan une ville complètement saturée, que ce soit sur les routes ou bien dans les salles de classe des écoles. L’étalement urbain et la densité sont tellement rapides que l’on observe un gros déficit de logements et d’équipements pour répondre aux besoins.

Pour pallier ces croissances, le projet du « Grand Abidjan » émerge, avec de nouvelles stratégies ayant pour vocation de répondre aux problématiques démographiques. Il vise ainsi à faire d’Abidjan une mégalopole africaine, en réunissant ses 3 capitales historiques : à savoir Grand Bassam, Bingerville et Abidjan. L’objectif principal de cette planification étant de désengorger Abidjan en faisant de Grand Bassam et de Bingerville des quartiers d’Abidjan. De plus, l’élément majeur de ce projet est la lagune Ebrié et l’importante question sous-jacente de la mobilité via les voies lagunaires et fluviales.

Le projet s’inscrit alors dans un contexte à plusieurs enjeux, allant de l’échelle du territoire jusqu’à l’échelle parcellaire. Pour tenter d’appréhender ces différentes échelles, nous avons donc déterminé un site pour le projet permettant ce travail de hiérarchie territoriale. Dans ce sens, la zone d’intervention est la baie de Moossou, une baie charnière entre le village traditionnel et le quartier colonial, mais aussi entre la ville et la lagune.

De là, nous avons développé une démarche programmatique qui s’inscrit dans ces 3 échelles : à l’échelle du territoire, une gare fluviale et un marché viennent répondre aux questions de la mobilité via les voies fluviales ; à l’échelle de la ville, une école en tant qu’équipement, qui va permettre de pallier aux besoins de la ville liés à la surpopulation des salles de classe ; pour finir, à l’échelle du quartier, nous proposons des logements s’inscrivant dans une nouvelle manière d’habiter la lagune, en relation avec les modes de vie locaux.  Enfin l’enjeu paysager nous a paru des plus importants sur le site, en préservant le patrimoine naturel préexistant.

En somme, l’objectif est de créer une relation indissociable ville – eau tout en favorisant des liens entre les quartiers Nord et Sud par l’expérimentation d’une architecture plus respectueuse de l’environnement et du contexte local.

Suite à ces nombreux constats, la manière de construire s’est imposée comme fédératrice d’un projet en cinq phases. La première phase est illustrée par la mise en place d’un espace de production et de fabrication de la matière première de la brique, avec des fours. Cette phase est une phase suggérée et non dessinée. La deuxième phase est représentée par la création d’ateliers accompagnés de logements, afin de conserver les petites entreprises informelles présentes sur le site. Il convient de noter que les habitants qui travaillent là sont généralement des artisans qui vivent aussi sur leurs lieux de travail, notamment pour des questions de sécurité, ce qui leur permet de surveiller leurs matériels. La troisième phase par la suite consiste à construire l’école, un programme dédié à la ville et apparait donc comme un lieu de rassemblement et d’apprentissage autour d’une culture environnementale commune. La quatrième à construire des logements et enfin la cinquième symbolise l’évolution du premier bâtiment de production en marché et gare fluviale.

Le projet est entièrement élaboré avec les matériaux locaux, essentiellement en brique de terre cuite, en bois et bambou. La terre cuite offre dans ce contexte des conditions thermiques idéales. Le bois et bambou sont des matériaux en abondance à Grand Bassam mais pas toujours bien exploités. La présence de la scierie au nord de la ville démontre un certain savoir-faire des matériaux.

L’école est conçue comme la grande maison du quartier. En deux parties, côté rue, des volumes en brique interagissent, créant de multiples espaces d’ombres. Ces volumes abritent l’administration, bibliothèque, et les cuisines du réfectoire. Coté lagune, un volume léger entièrement en structure bois abritant les salles de classes surplombe la lagune.

Ce volume est surélevé du sol afin donner une vue plus large sur la lagune.

Le principe est de mettre les enfants face à leur réalité environnementale, comme une manière de leur faire prendre conscience que la préservation du milieu naturel avec lequel ils cohabitent est primordiale.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

La conception des logements est une réinterprétation de l’habitat sur cour. Le principe consiste à conserver cet élément urbain qui constitue les habitations dans les villes africaines, mais dans cette situation, en s’ouvrant sur la nature environnante.

Ainsi la cour n’a pas uniquement un rapport vertical au ciel, mais également un rapport horizontal au contexte naturel.

Les conditions climatiques de la ville représentent des éléments fédérateurs d’une architecture respectant le contexte local. En effet, la ventilation des espaces intérieurs est essentielle au bien-être des habitants.

Les habitations sont donc conçues avec de multiples façades constituées de claustra en brique, des murs ajourés créant des ouvertures sur l’extérieur.

Avec la présence de la lagune et de la mer située à deux kilomètres au sud du site, les vents en provenance du sud sont captés par les ouvertures afin de ventiler les espaces. Des sur-toitures en bambou viennent protéger les toitures et assurer une ventilation naturelle de celles-ci. 

La gare fluviale et le marché s’expriment par une jetée sur lagune. Entièrement conçue en bois, la structure repose sur des pieux, avec une couverture en bambou porté par une structure arborescente.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

Les trois échelles de projet se rejoignent autour de la question environnementale. On a tout d’abord les acteurs fragiles : les logements, où on vient se protéger. Ensuite, l’école observe l’eau, la nature  pour mieux apprendre à la connaitre, enfin, la gare fluviale et le marché représentent une mise en dialogue directe avec l’eau.

PFE à l’école supérieure d’architecture de Paris Val de Seine.

 

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

Review overview
NO COMMENTS

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :