On ne choisit pas son architecte en jetant un regard dans l’annuaire…

Architecte de profession et véritable passionné de dessins et d’architecture contemporaine, Serge WALCKOFF s’est formé à l’école officielle d’architecture de Paris où il a obtenu son diplôme en 1988. En 1994, il s’installe au Bénin et y ouvre son cabinet d’architecture Avant Projet, après avoir travaillé sept ans dans le bureau d’étude de la société de construction Fougerolle, et deux ans sur la gare TGV de Roissy, au sein du cabinet d’architecture de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF). Dans cet entretien, il nous parle de son métier et de ses projets architecturaux, en  passant par les grands titres de la profession.

M. WALCKOFF, comment êtes-vous venu à l’architecture et depuis combien de temps exercez-vous ce métier?

Mon père était médecin et je devais l’être à mon tour ayant grandi dans cette ambiance. Mais à l’adolescence, je me suis rendu compte que je ne supportais pas la vue du sang et que j’avais une sensibilité qui ne me permettait donc pas de poursuivre cette voie. Par contre, je dessinais bien et cherchant donc à quel métier je pouvais aboutir avec cette passion, j’ai découvert la formation de l’architecture. Je l’ai suivie avec succès et depuis 25 ans maintenant, j’exerce en tant qu’architecte.

Quels sont les débouchés professionnels possibles après avoir suivi une formation en architecture?

C’est une formation qui est assez variée, une formation à travers laquelle on se réinvente sans cesse pour ne pas tomber dans la répétition. En général, les gens qui empruntent cette voie arrivent à déboucher sur un peu tout. Certains deviennent architecte bâtiment, d’autres par contre se découvrent des talents d’architecte naval, Architecte de profession et véritable passionné de dessins et d’architecture contemporaine, Serge WALCKOFF s’est formé à l’école officielle d’architecture de Paris où il a obtenu son diplôme en 1988. En 1994, il s’installe au Bénin et y ouvre son cabinet d’architecture AP, après avoir travaillé sept ans dans le bureau d’étude de la société de construction Fougerolle, et deux ans sur la gare TGV de Roissy, au sein du cabinet d’architecture de la Société Nationale des Chemins de Fer (SNCF). Dans cet entretien, il nous parle de son métier et de ses projets architecturaux, en passant par les grands titres de la profession. Un «maître d’oeuvre» au service de la création SERGE WALCKOFF architecte aéronautique, photographe, designer, paysagiste…

Depuis 18 ans, vous exercez au Bénin au sein de votre cabinet d’architecture AP. Dites-nous en quelques mots en quoi consiste votre travail?

Le métier d’architecte consiste à créer une oeuvre, raison pour laquelle on nous appelle aussi « maître d’oeuvre», et le client « maître d’ouvrage ». Donc quand on dit maître d’oeuvre, ça renvoie à quelque chose d’unique, de singulier. Dès qu’un client nous aborde, nous établissons avec lui ce qu’il veut comme projet en identifiant en quelque sorte ses besoins. Ensuite nous préparons une esquisse après avoir visiter le terrain. Lorsque l’esquisse est validée, nous établissons un contrat qui stipule les obligations du client et les nôtres, puis nous faisons un premier dossier appelé APS (Avant-Projet Sommaire) suivi d’un APD (Avant-Projet Détaillé), enfin le DCE (Dossier de Consultation d’Entreprise), dossier qui présente les plans d’exécution. Toutes ces étapes validées, nous procédons par appel d’offre au recrutement des entreprises et tâcherons qui vont travailler sur le projet. Une fois les travaux entamés, mon rôle est de me battre pour offrir au client un bâtiment conforme aux normes, respecter les délais de livraison et essayer de ne pas dépasser le budget déjà établi au risque de perdre sa confiance et son respect.

Quels décorateurs, architectes, designers, paysagistes ou artistes vous inspirent particulièrement?

Je suis résolument contemporain et je suis surtout inspiré par les architectes postmodernes comme par exemple l’américain Wright, l’un des premiers architectes à faire des réalisations qui détonnaient dans les en vogue années 1930. En Europe, ce sont plutôt les architectes du mouvement BAUHAUS qui m’inspirent.

En tant qu’architecte contemporain, quels sont les matériaux que vous utilisez dans vos conceptions?

Dans l’architecture moderne, on emploie souvent l’acier, le verre, le béton voire le béton précontraint qui permet d’avoir une épaisseur très fine bien qu’ayant une grande portée. Compte tenu qu’au Bénin le soleil tape presque toute l’année, il est important de savoir disposer de tous ces matériaux, notamment le verre pour éviter d’avoir des reflets dans les pièces.

Y-a-t-il une touche unique qui identifie votre style en tant qu’architecte?

Étant donné que dans notre climat le taux d’humidité s’élève à 90% avec une ventilation insuffisante, j’évite souvent un double positionnement des pièces comme on en fait en Europe. Donc sur un système constructif de villa par exemple, j’ai tendance à ne faire qu’un seul positionnement de pièces et donc une maison en forme de « L ». J’utilise aussi beaucoup de blanc tout simplement parce que j’aime l’architecture high-tech qui suppose l’emploi de matériau simple avec notamment des couleurs comme le blanc, le vert, le bois…

Qui sont vos clients ?

Depuis que je suis installé au Bénin, j’ai toujours travaillé sur des résidences privées pour des particuliers, au minimum 3 par an. Ça nécessite un vrai travail de recherches puisqu’il faut éviter qu’il y ait des similitudes d’un projet à un autre. Mais c’est pour les sociétés que je consacre mon temps le plus, comme par exemple la BOA, Ecobank, la Société Générale, BGFI Bank et des opérateurs économiques comme le groupe La Roche pour qui d’ailleurs j’ai aménagé l’agence principale de Chaftel en 2000 et la collaboration s’est très bien passée.

Qu’est-ce qui compte pour vous en premier dans l’exécution d’un projet?

L’esprit du projet m’est très important, c’est-à-dire qu’on puisse définir le concept architectural. Pour ça il faut que le client décrive exactement ses besoins de façon à ce qu’on lui fournisse une réponse unique car l’architecte n’est là que pour répondre à une demande.

Et lorsque vous terminez un projet et le client est satisfait, quel sentiment vous anime ?

La plus grande fierté du monde ! C’est vrai que c’est un métier assez difficile mais très satisfaisant quand on vous reconnaît la qualité que vous êtes censé avoir ; c’est la consécration au métier. Beaucoup de personnes pensent que l’argent est tout ce qui importe à l’architecte alors que c’est erroné. Un architecte contribue à l’amélioration du tissu urbain en enrichissant la ville pas des monuments, des habitations et des bâtiments agréables à la vue.

Pour en revenir au métier en général, le recours à un architecte est-il obligatoire dans un projet de construction ? Et surtout à quelle étape du projet doit-on le faire?

Dans les textes béninois qui sont eux-mêmes calqués sur les textes français, si votre projet dépasse les 176m², vous êtes obligés de faire recours à un architecte parce qu’on estime qu’à ce stade, la complexité du projet est telle que la compétence d’un professionnel est nécessaire. Normalement, le travail d’architecte consiste en la conception. Donc c’est au tout début du projet qu’il faut adoptez un architecte et non pas après avoir érigé les murs sur le terrain parce qu’à cette phase-là, il va probablement casser ces murs et recommencer le travail de conception de zéro. Et là, vous aurez perdu de l’argent.

Avec le recul, trouvez-vous que l’exercice de votre métier au jour d’aujourd’hui est conforme à ce que vous aviez envisagé au début de votre carrière.

Non! Je pensais que ce serait plus facile (rires). Il y a 18 ans quand je suis arrivé à Cotonou, j’étais nourri de pleins d’espoirs pour améliorer le cadre de la ville. Je pensais qu’avec la seule compétence, ce serait assez facile de travailler ici puisque dans mon esprit à l’époque (1994), tout était à faire : les routes, les bâtiments, les hôpitaux… mais finalement je me suis aperçu que comme on est dans un pays où le revenu général est moyen, les gens ont du mal à investir dans le beau. Il y a un client qui un jour m’a carrément dit : je ne suis pas là pour embellir Cotonou. Pour lui, c’était une manière de me faire comprendre de ne pas chercher à lui faire quelque chose de trop beau et surtout coûteux. De plus, les Béninois ne sont pas nombreux à faire appel à un architecte, et c’est peut-être parce que nous même, au sein de l’Ordre National des Architectes, nous ne communiquons pas assez sur l’importance de notre métier. Mais je garde espoir car c’est l’espoir qui fait vivre.

Un message à l’endroit des personnes intéressées par le métier d’architecte. A toutes les personnes intéressées par le métier,

je conseille d’être passionnées parce que le métier d’architecte est assez contraignant. Généralement quand on entend architecte, on pense tout de suite à l’argent. Mais au-delà de l’aspect financier, être architecte c’est un grand titre, une lourde responsabilité. L’architecte doit accompagner le citoyen dans l’acte de construire. C’est notre fonction première. Et cette fonction commence par le conseil qui lui est gratuit.

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