Archicaine met un point d’honneur à mettre en avant la jeunesse africaine qui réfléchit à l’Afrique de demain. Monsieur Billy Osborne HOMEKY fait partie de cette jeunesse prometteuse dont son pays peut déjà être fier et dont les travaux participeront sans doute à apporter une pierre à l’édifice d’une Afrique consciente des défis environnementaux qui l’attendent.
Présentez-vous à nos lecteurs ?
Je suis Billy Osborne HOMEKY, un jeune béninois de 27 ans, je suis doctorant en Génie des Procédés et Produits.
Avant d’entamer votre cycle de doctorat quel a été votre parcours ?
Mon parcours est relativement atypique à cause de mes reconversions, et je ne dois pas mes réussites à un quelconque génie, mais à ma volonté et ma ténacité. J’ai obtenu en 2004 un baccalauréat série C (Mathématiques – Physiques – Chimie) au Cours Secondaire Protestant de Cotonou (Bénin). J’ai obtenu une mention Passable, ce qui laissait présager que j’aurais du mal à intégrer une grande école. J’ai alors assidûment travaillé pendant les vacances et j’ai réussi le test d’admissibilité à l’Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC) BENIN. Je souhaitais faire du Bâtiments et Travaux Publiques, mais très tôt je me suis rendu compte de ma passion pour le domaine de l’Eau. J’ai par la suite obtenu en 2009 mon diplôme d’Ingénieur de Conception en Sciences et Techniques de l’Eau (STE) avec une mention Bien. Puis, j’ai été pendant une année Ingénieur de Recherche au Laboratoire des STE, et simultanément Chargé de TD à l’EPAC. En 2010, j’ai effectué un Master Recherche en Chimie et Microbiologie de l’Eau à l’Université de Limoges (France). C’est pendant mon stage de recherche axé « génie des procédés » que j’ai pris goût à cette discipline et ai souhaité m’y spécialiser. Et depuis octobre 2011, j’effectue une thèse de doctorat en Génie des Procédés et Produits à l’Université de Lorraine, au Laboratoire Réactions et Génie des Procédés (LRGP) qui est une Unité Mixte de Recherche du Centre National de la Recherche Scientifique.
Parallèlement, je suis actuellement Représentant des doctorants au sein du Conseil de direction de mon école doctorale, et à une échelle plus régionale Représentant au sein du Conseil Lorrain des Ecoles Doctorales.
Sur quel sujet portent vos travaux de recherche ?
Mes travaux de recherche concernent le devenir des micropolluants (antibiotiques, hormones, métaux lourds, hydrocarbures aromatiques polycycliques, …) dans la méthanisation des résidus agricoles. Plus simplement, mes travaux peuvent se décliner en deux axes. Le premier axe concerne la production de biogaz riche en méthane, à partir de résidus issus du monde agricole. Le biogaz est ensuite converti en énergie (électricité et/ou chaleur). Le second axe se focalise sur les éventuels effets des micropolluants sur le procédé de conversion en énergie des résidus agricoles.
A quels besoins ou problématique africaine, répondront vos travaux ?
Face aux diverses problématiques de la limitation et de l’insuffisance des moyens d’accès à l’énergie, des émissions de gaz à effet de serre, et de la pollution d’origine agricole des réservoirs d’eau, mes travaux de recherche sont plus que indiqués pour apporter des solutions aux problèmes de l’Afrique. Mes travaux révèlent donc toute leur importance quand on sait que le développement passe par une disponibilité suffisante d’énergie, ou au mieux une autonomie énergétique. En effet, le procédé (méthanisation) que j’utilise permet à la fois de produire une énergie renouvelable et de réduire la pollution engendrée par les activités agricoles.
Quand on parle d’énergies renouvelables, on ne peut s’empêcher de penser à leur contribution effective dans la résolution des problèmes de déficit énergétique dans certaines villes africaines. Quel est votre avis?
Contrairement à l’Europe, les énergies renouvelables représentent une solution alternative effective pour l’Afrique. Le biogaz par exemple a la particularité d’être une option technologique très intéressante à l’échelle locale. Dans un contexte africain où les grandes villes sont les seules à bénéficier des infrastructures énergétiques, et où les petites villes et villages ne sont pas suffisamment alimentés en énergie, le biogaz s’avère être un sujet de choix. Dans les régions où le secteur agroalimentaire est présent et/ou dominant, la mise en place du procédé de méthanisation permettra de récupérer l’énergie nécessaire aux activités, et même de stocker le surplus d’énergie.
Le Développement durable est-il un concept qui a sa place en Afrique ?
Le développement durable est un enjeu planétaire et à sa place partout. Un pan de forêt dévasté en Amazonie causera des dégâts qui se feront sentir au pôle Nord. L’Afrique est donc aussi concernée par la question. De plus, les règles de développement durable sont plus faciles à appliquer en Afrique que nulle part ailleurs. Le problème principal rencontré par les occidentaux, demeure les habitudes de surconsommation prises pas les populations. L’Afrique n’a pas encore atteint le point de non-retour en matière de consumérisme, donc les besoins énergétiques y sont encore modérés. A mon humble avis, l’Afrique peut très vite devenir un modèle de développement durable.
Selon vous, le niveau actuel de la recherche en Afrique, permet-il de valoriser le biogaz comme énergie? Avez-vous une idée de ce qui se fait dans les laboratoires en Afrique ?Est-il suffisant ?
C’est impressionnant de voir tout ce que les laboratoires et les centres de recherche africains sont capables de faire aujourd’hui. La différence ne se situe plus au niveau des compétences intellectuelles, mais au niveau de l’équipement des laboratoires. La méthanisation ne nécessitant que peu d’investissements, c’est une technologie qui gagne du terrain en Afrique. Les installations de méthanisation qui existent sont généralement des pilotes expérimentaux installés sur des fermes expérimentales. Les ressources (humaines et matérielles) disponibles permettent d’optimiser la production de biogaz et de le purifier. La prochaine étape sera de passer à l’échelle industrielle pour prétendre fournir de l’énergie aux petites villes et villages.
Est-ce-que les options technologiques appliquées dans le cadre de vos recherches en France sont–elles transposables en Afrique ?
Les choix technologiques appliqués dans le cadre de mes recherches en France sont transposables à la réalité africaine, et pourront permettre de récupérer plus d’énergie encore.
Vous êtes Béninois. Quel est votre avis sur le dynamisme dans les domaines environnemental et agricole de votre pays ?
(Sourire). Vous me posez là une question qui peut faire l’objet d’une ou plusieurs thèses. On nous apprend au primaire et au secondaire que le Bénin a une agriculture plutôt vivrière. J’ai vu que les politiques essayaient de dynamiser l’agriculture pour que le Bénin puisse produire assez et pouvoir exporter certains produits. Si cette dynamisation est effective, on aura donc une plus forte production de résidus agricoles, et donc potentiellement plus d’énergie à récupérer.
Quant au domaine environnemental que je connais mieux, des actions on été amorcées mais il y a beaucoup à faire.
Le traitement des déchets liquides et solides souffre du manque d’investissements et de fonds. En effet, une bonne partie des ressources est attribuée à l’alimentation en eau, au détriment du traitement des effluents résultant de l’utilisation de cette même eau. Il faudra injecter plus de fonds dans le traitement, notamment en dotant les centres de recherches.
Comme à tous nos invités, quel sera votre message à la jeunesse africaine et sa diaspora dans le monde ?
Mon message à la jeunesse africaine se résume en ces mots de Henry Ford (le géant industriel) : Pensez que vous pouvez ou pas, dans les deux cas vous avez raison.
Ayez un rêve, un objectif, un but. Croyez en ce but, et n’en démordez pas. Restez toujours nobles dans vos paroles et vos actes, car l’honnêteté et l’intégrité vous assurent des succès sans faille.
A mes compères de la diaspora, je demanderai de contribuer au développement de leur pays d’origine.
L’environnement politique et les mentalités n’y encouragent pas toujours, mais nos compétences seront bien plus utiles à l’Afrique qu’à l’Occident. Apportons notre contribution d’une manière ou d’une autre, que ce soit de près ou de loin.
Et à tous les Africains, je rappelle que le développement passe par la Recherche et l’Innovation. On ne fera rentrer des devises qu’en proposant des services qui n’existent nulle part ailleurs.
Rêvons, Réalisons, Innovons pour proposer de nouvelles solutions !
Billy Osborne HOMEKY,
Laboratoire Réactions et Génie des Procédés , UMR 7274 CNRS (LRGP), Equipe « Sols et Eaux »,
1 rue Grandville, BP 20451, 54001 Nancy Cedex
E-mail: osbil86@yahoo.fr / billy.homeky@ensic.inpl-nancy.fr
Je vous remercie, et longue vie à archicaine qui est une très belle initiative.
