Archicaine célèbre le 8 mars

Beaucoup l’ignorent sans doute mais la date du 8 mars a été retenue par Lénine, le 8 mars 1921, en honneur aux femmes qui manifestèrent les premières le 8 mars 1917 à Petrograd, lors du déclenchement de la révolution russe.  Cette journée est donc issue de l’histoire des luttes féministes menées sur les continents européen et américain. C’est une journée de manifestations à travers le monde : l’occasion de revendiquer l’égalité et de faire un bilan sur la situation des femmes dans la société. Traditionnellement les groupes et associations de femmes militantes préparent des manifestations partout dans le monde, pour faire aboutir leurs revendications, améliorer la condition féminine, fêter les victoires et les avancées.

Mais qu’en est-il du continent africain ? Le statut des femmes Togolaises est-elle la même que celle des femmes malgaches, mauritaniennes, sénégalaises, zambiennes, éthiopiennes, libyennes, etc. ? Le continent africain gagnerait-il à mieux valoriser un développement conduit par des femmes ? D’ailleurs donne-t-on l’occasion à ces femmes d’exprimer leurs avis ?

Présentez-vous à nos lecteurs?

EDJOSSAN-SOSSOU Abla Mimi  Nationalité Togolaise, née à Lomé.

Avant d’entamer votre cycle de doctorat quel a été votre parcours?

J’ai eu un Baccalauréat série C en 1995 au Collège Protestant de Lomé. 1ère année à la Faculté Mixte de Médecine et de Pharmacie de l’Université du Bénin (aujourd’hui Université de Lomé) et  de 1996 – 2001 Ecole Supérieure d’Agronomie (de l’Université de Lomé) pour un diplôme d’Ingénieur-Agronome (option : Agroéconomie).

Entre 2009-2011 : un  Master en Développement – Spécialité « Gestion de l’Environnement » de l’Université Senghor d’Alexandrie (Egypte).

Depuis 2011 : thèse au sein de l’Unité Mixte de Recherche (UMR) GéoRessources de l’Ecole des Mines de Nancy (précédemment LAboratoire Environnement Géomécanique et Ouvrages – LAEGO). Doctorante en Génie Civil à l’Ecole des Mines de Nancy (3ème année)

Quel est le sujet de vos recherches ? Pourquoi avez-vous décidé d’aborder cette thématique ?

Mon sujet de recherche se rapporte à la problématique de la gestion des risques naturels. Il vise à élaborer une approche méthodologique pour la prise en compte des incertitudes dans les décisions de gestion afin que les conséquences réelles et projetées de ces décisions ne présentent pas de décalages importants.

Cette thématique de recherche m’a tout de suite intéressée car elle se justifie à un moment où la société s’interroge sur de grandes questions environnementales parmi lesquelles celles liées aux impacts des risques naturels sur le développement territorial. En effet, la nouvelle éthique véhiculée par le concept de développement durable exige de s’interroger sur les conséquences des divers choix techniques au regard des enjeux de durabilité. Les stratégies de gestion des risques naturels envisagées par les autorités publiques doivent, en plus de leur objectif de base de réduction des dommages induits par ces risques, contribuer au développement durable du territoire sur lequel elles seront déployées. Or de multiples sources d’incertitudes sont présentes dans tout exercice d’analyse prospective (projection dans le futur), ce qui est le cas des stratégies de gestion des risques naturels. Il s’avère donc essentiel d’intégrer les effets de ces incertitudes sur les conséquences escomptées pour chacune des stratégies.

L’intérêt de ma thèse c’est de proposer une méthodologie

1) d’analyse des différentes stratégies suivant les exigences de durabilité et

2) d’intégration des différentes sources d’incertitudes à cette analyse afin d’obtenir une hiérarchisation beaucoup plus fiable.

Quels sont les premières observations et hypothèses qui se dégagent ?
Selon vous, à quelle problématique africaine vos travaux peuvent-ils répondre ?

Mes travaux portent sur les risques naturels en général et les inondations en particulier. En Afrique les inondations constituent un problème récurrent. Leurs conséquences, souvent désastreuses, sont fonction de l’existence d’enjeux économiques, socio-démographiques et environnementaux vulnérables.

Malheureusement, d’une part, de nombreux phénomènes susceptibles d’exacerber ces conséquences dans le futur (urbanisation croissante et non contrôlée, croissance démographique, changement climatique, etc.) subsistent mais l’ampleur exacte de leurs effets est méconnue compte tenu de l’imperfection des connaissances actuelles sur leur évolution. D’autre part, les diverses mesures de gestion (système d’alerte, entretien des ouvrages, sensibilisation, mise en place des plan ORSEC, etc.) développées par les autorités publiques et les populations peuvent se révéler insuffisantes voire inefficaces. Bref on est aujourd’hui très loin de gérer durablement les inondations que ce soit en Afrique ou ailleurs dans le monde.

A la fin de ma thèse, j’espère être suffisamment outillée pour mettre mes compétences à la disposition de l’Afrique. J’envisage accompagner les structures de gestion à mieux comprendre, analyser et évaluer les diverses incertitudes afin de juger objectivement les mesures de gestion sur la base de leur durabilité. Mon but ultime est que nos pays soient capables de proposer des stratégies optimales dont les résultats ne seraient pas erronés par rapport aux attentes.

Un lien avec l’architecture, l’urbanisme, l’environnement en Afrique ?

Le contexte actuel exhorte urbanistes et architectes à prendre en compte l’environnement et plus particulièrement les risques tant naturels qu’anthropiques dans les différents volets de leurs interventions dans l’aménagement du territoire. D’ailleurs, une des points essentiels (identifiés dans le contexte du Cadre d’action de Hyogo) pour rendre les villes plus résilientes stipule l’élaboration et l’application d’une règlementation sur la construction (dimensionnement, matériaux, aménagement d’adaptation, etc.) et de principes d’aménagement du territoire qui tiennent compte des différents risques auxquels est exposé le territoire.

Les architectes et urbanistes sont donc appelés à contribuer à la résilience des villes aux risques naturels, entre autres, par la prise en compte des interactions entre les composantes du patrimoine construit (bâtiments, réseaux, etc.), par une répartition territoriale adéquate des services et équipements stratégiques pour la gestion des risques naturels, etc. La présente méthodologie s’adapte parfaitement à l’analyse des mesures qu’ils envisageront.

La situation dans votre pays ?

Concernant le Togo, certes, des efforts commencent à être (ou sont) consentis pour la prise en compte de l’environnement dans les projets d’aménagement mais je pense qu’il existe de fortes possibilités d’amélioration.

Suite à son adhésion au cadre d’action de Hyogo et aux principes directeurs des plateformes de réduction de catastrophes en 2007, le pays s’est engagé, avec l’appui du PNUD, dans la voie d’une réduction des dommages des catastrophes naturelles (réalisation des cartes de zones à risques pour certains aléas, mise en œuvre de projets communautaires ayant pour objectif l’adaptation des construction aux risques d’inondation, etc.).

Comme dans plusieurs autres nations d’Afrique, au delà de la volonté politique et des investissements dans ce domaine, il faut une connaissance scientifique qui aidera à l’appropriation des concepts, outils et méthodes adéquats par les acteurs de la gestion des risques en vue d’une élaboration de stratégies pertinentes et concrètes inscrites dans la durabilité. 

C’est le lieu de rappeler que le Togo abrite l’Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU), pôle d’excellence de l’AUF, qui forme des étudiants d’une quinzaine de pays d’Afrique francophone du sud du Sahara.

Il y a donc bon espoir que dans les années à venir, fort des compétences et qualifications acquises, le Togo connaitra une amélioration nette de l’intégration de la problématique de la gestion des risques naturels aux projets d’aménagement territorial. On vous annonce par l’occasion et à nos lecteurs que nous étions au coeur de l’EAMAU bientôt une semaine entière d’archicaine sur l’EAMAU.

Un message à l’endroit des femmes africaines ?

Bien sur. Je saisis l’occasion de la journée de la femme, dont le thème cette année est « l’égalité pour les femmes, c’est le progrès pour toutes et tous », pour m’adresser à mes consœurs africaines. Je les encourage à toujours poursuivre leurs rêves d’éducation et de formation professionnelle car il nous revient de nous doter des moyens nécessaires pour continuer la bataille pour l’égalité entre les hommes et les femmes, qui à bien des égards, est loin d’être atteinte partout dans le monde.

Pour le Dr Nkozazana Diamini Zuma, Présidente de la Commission de l’Union africaine, une éducation de qualité contribuera à l’essor du développement du continent et la paix sur le continent pourrait passer par la responsabilisation des jeunes et des femmes.

Ceci étant, je reste convaincue que la femme africaine demeure un acteur clé du développement durable de l’Afrique à tous les niveaux de la société. Certes, il est vrai que nous sommes encore loin de la parité tant souhaitée au niveau des postes de responsabilité mais continuons d’y travailler sans relâche. Le jour où nous y parviendrons, nous aurions énormément contribué au développement durable car l’égalité femme-homme est juste un principe de développement durable.

Merci de vos réponses.

Je vous en prie. Bon vent à l’architecture et l’urbanisme durables en Afrique

Contact :

Abla Mimi EDJOSSAN-SOSSOU

joelle85@hotmail.com / abla-mimi.edjossan-sossou@univ-lorraine.fr

GeoRessources, UMR 7359, Equipe « Géomatériaux, Ouvrages et Risques »

Ecole des Mines de Nancy / Université de Lorraine Campus Artem,

Rue du Sergent Blandan, CS14234, 54042 Nancy Cedex, France

Belle journée à toutes.

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