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Architecture africaine : des murailles en terre aux murs en ciment, par Pierre Boutin, sma

Un aspect de l’architecture en Afrique : des murailles en terre aux murs en ciment. De nombreuses civilisations ont utilisé un matériau remarquable par sa plasticité et sa disponibilité : la terre  La terre, un matériau

Un aspect de l’architecture en Afrique : des murailles en terre aux murs en ciment. De nombreuses civilisations ont utilisé un matériau remarquable par sa plasticité et sa disponibilité : la terre

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 La terre, un matériau d’architecture utilisé depuis plus de 10.000 ans

L’architecture en terre est un mode de construction qui a en Afrique plus de 10 000 ans d’âge. Ce n’est pas une technique de populations sous-développées : de nombreuses civilisations ont utilisé un matériau remarquable par sa plasticité et sa disponibilité. Outre les ziggurats de Mésopotamie (Irak), on peut évoquer la partie la plus ancienne de la Muraille de Chine, les temples de Ramsès II dans le Delta du Nil (Égypte), les pueblos indiens de Mesa Verde, Colorado (USA). On estime que près du tiers de la population mondiale vit dans des constructions en terre. En Europe même, des architectes contemporains du groupe CRATERRE travaillent à relancer un matériau injustement délaissé. Un matériau abondant et populaire.

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La terre crue est la matière première la plus couramment utilisée pour édifier les murs des maisons africaines de la zone tropicale. Elle est employée pure : terre de barre ou mélangée de paille ou de bouse de vache : le pisé. Imbibée d’eau : elle forme le banco. Dans la zone de savane ce dernier est monté sous forme de couches superposées de colombins ou de boules liées entre elles. Une ligne a le temps de durcir avant de recevoir la couche supérieure. Les strates sont souvent montées avec un léger surplomb : la pluie tombe sans ruisseler sur le mur. En zone forestière, on emplit de torchis un clayonnage de palmes entrecroisées formant armature ; un crépi dissimule cette ossature renforçant la rigidité de parois exposées aux pluies tropicales. On peut aussi superposer des lignes de briques de terre séchées au soleil (adobe) et scellées avec du mortier de glaise humide. Cette technique, sahélienne à l’origine, est maintenant généralisée en Afrique de l’Ouest. La construction est une activité de saison sèche : une pluie inopinée risque de faire effondrer un mur encore humide.

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Un matériau économique et écologique.

On recherche une argile légèrement sablonneuse : une granulosité un peu forte confère au matériau une plus grande stabilité et prévient l’apparition au séchage de fissures de retrait. La terre à bâtir est facilement disponible : il suffit de creuser une fosse pour atteindre une argile présentant les qualités requises : elle est donc peu coûteuse et ne nécessite pas d’autre main d’œuvre que l’entraide de paysans constructeurs. Présentant, une fois sèche, de bonnes qualités d’isolation thermique et phonique, elle restitue de manière différée (la nuit), la chaleur accumulée le jour ; elle offre enfin une bonne résistance au feu.

Les tâches de construction sont réparties : les hommes creusent la terre, élèvent les murs ; les jeunes posent charpentes et toits ; les femmes transportent l’eau, lissent les murs et dament le sol ; les enfants aident au transport des mottes humides.

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Un matériau à entretenir régulièrement.

La glaise présente cependant l’inconvénient d’une mauvaise résistance mécanique lorsqu’elle est détrempée. Par sécurité, les fondations sont souvent renforcées de pierres ou de blocs de latérite, afin d’éviter les remontées d’eau, les toits débordent largement les murs et un crépi, actuellement de ciment, sert à lisser et rendre étanche la face des murs. Les édifices à murs de terre doivent être régulièrement entretenus ; les infiltrations d’eau, en particulier, leur sont néfastes. Si une maison en terre crue reste trop longtemps inhabitée, si la couverture du toit n’est pas rénovée tous les trois ou quatre ans, si ses murs ne reçoivent pas régulièrement de nouveaux crépis, alors elle risque de retourner à son état original de la glaise, justifiant le qualificatif d’”architecture de l’éphémère” qui a été attribué à ce mode de construction.

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D’une maison à durée de vie limitée à un bien immobilier.

Autrefois, le destin d’un édifice en terre était semblable à celui de son propriétaire : quand son occupant avait regagné le sein de la terre-mère, sa maison retournait à la glaise dont elle avait été tirée, jusqu’à ce qu’un membre du lignage prenne la décision d’en utiliser l’emplacement et la matière première pour édifier son domicile.

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Actuellement de nouvelles préoccupations se font jour. Où ranger le matériel agricole et les moyens de transport (bicyclette, vélomoteur) dans un habitat purement traditionnel ? Les maisons dites modernes ont des plans types peu adaptés aux préoccupations africaines : intégrer dans un bâtiment d’habitation une cuisine (alors que la cuisson de la nourriture s’effectue sur un feu de bois) et des installations sanitaires (alors que le village ne bénéficie pas de l’eau courante) n’améliore ni les conditions d’hygiène ni ne facilite la vie des occupants. Malgré cela le prestige entourant le ciment et la tôle reste entier.

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La brique cuite n’est que rarement utilisée en Afrique Tropicale, et ceci bien que la poterie soit ancienne en Afrique. Cette absence s’explique peut-être par les fortes quantités de combustible (bois) requises pour sa cuisson. Malgré un renchérissement parfois prohibitif du coût de construction, le ciment est désormais largement utilisé, sous forme de parpaings, dans les bâtiments actuels construits par des maçons professionnels. Malgré la chaleur que dégagent les toitures métalliques, on apprécie, même en zone rurale, la pérennité de la tôle ondulée. Une maison en matériaux durables est devenue un investissement, qui a une valeur vénale et peut être cédé ou transmis.

Pour en savoir plus :

– GARDI, René, Maisons Africaines, Paris-Bruxelles, Elsévier-Séquoia, 1974, 249p.

– GUIDONI, Enrico, Architecture primitive, Paris, Berger Levrault, 1980, 385 p.

– LAUBER, Wolfgang (dir.), L’Architecture dogon, Constructions en terre au Mali, Paris, Adam Biro, 1998

Auteur : Pierre Boutin, sma

Source : missions-africaines.net

Photos(c) www.archicaine.org

 

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

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