Home / URBANISME  / INTERVIEWS  / BENIN.Tour d’horizon avec LIONEL KPENOU CHOBLI,directeur associé OPTIMUM CONSULTING Part 1

BENIN.Tour d’horizon avec LIONEL KPENOU CHOBLI,directeur associé OPTIMUM CONSULTING Part 1

Tour d’horizon avec   LIONEL KPENOU CHOBLI, Directeur Associé OPTIMUM CONSULTING    Associé-Gérant Optimum Consulting Afrique, Administrateur Territorial Parce que l’architecture se trouve au confluent d’enjeux de tous ordres politiques, sociaux, économiques, esthétiques www.archicaine.org entend utiliser cette position privilégiée, et insuffisamment exploitée, pour

Tour d’horizon avec   LIONEL KPENOU CHOBLI, Directeur Associé OPTIMUM CONSULTING   

Associé-Gérant Optimum Consulting Afrique, Administrateur Territorial

Parce que l’architecture se trouve au confluent d’enjeux de tous ordres politiques, sociaux, économiques, esthétiques www.archicaine.org entend utiliser cette position privilégiée, et insuffisamment exploitée, pour observer les transformations de notre environnement et éclairer sous cet angle celles de la société dans son ensemble. Au BENIN des hommes et des femmes s’organisent autour d’initiatives originales et innovantes, en vue d’apporter des perspectives positives pour l’avenir.

Vous n’êtes pas aménageur de formation? Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser  à ses questions ?

La question de l’aménagement du territoire est cardinale. C’est la clé de voûte du fonctionnement harmonieux de l’Etat, de la satisfaction des citoyens et du dynamisme des activités économiques. La politique est la gestion des affaires de la cité. L’administration en est l’outil. Ma triple formation juridique, politiste et économique m’a donc naturellement entraîné vers les réflexions axées sur l’aménagement du territoire.

Comment fédérer, qui mobiliser et autour de quels enjeux ?

Le territoire national est un attribut de l’Etat, il y exerce sa souveraineté. Appréhender l’aménagement va donc du cadre sécuritaire (intégrité, sécurité, gestion) jusqu’à la notion de bien être et de plaisir pour tous et chacun. Manager les territoires devient dès lors une démarche de construction d’un environnement propice au déploiement des services publics, à la circulation des populations, à l’implantation d’activités de production et de commerce et aux nécessaires réponses aux besoins secondaires qui participent de l’épanouissement des personnes.

Il faut donc fédérer les ressources humaines, mobiliser les ressources intellectuelles (planification) et matérielles pour répondre aux enjeux de base : sécurité, gestion de l’espace, organisation des collectivités, financement des services de base, zones d’activités économiques, loisirs etc. Tout cela en prenant en compte les problématiques de notre époque : l’aménagement numérique des territoires et le respect de l’environnement.

Quand vous considérez le Bénin, vous en arrivez à 3 questions fondamentales : Nos frontières sont-elles connues, délimitées et sécurisées ? L’espace est-il convenablement organisé, géré et promu ? A moyen et long terme, avons-nous défini les stratégies efficientes pour gérer cet espace en fonction de la croissance démographique, des cycles économiques et des mutations socio-environnementales ? Si la réponse à l’une seule de ces questions s’avérait négative, alors l’aménagement est une problématique de premier plan et d’urgence. « Dis-moi comment tu vis et je te dirai qui tu es »…

Comment concrétiser les idées en entreprises, en emplois et plus rapidement que chez les pays voisins ?

Il serait prématuré de parler d’entreprises et d’emplois si l’agenda spatial du Bénin n’est pas défini, si les stratégies de gestion territoriale ne sont pas adoptées et si des zones d’activités spécifiques ne sont pas identifiées, ensemble avec la mobilisation des ressources humaines, financières et matérielles idoines. Il faudrait plutôt envisager de déblayer le terrain, de préparer les réformes et d’ancrer l’aménagement comme la politique publique qui conditionne toutes les autres. Ensuite, tout sera possible !

Vous savez, en Asie, les gouvernants savent vous expliquer qu’en 2025 votre maison sera rasée parce qu’elle sera juste à l’endroit où doit passer le 7ème pont de la ville. Mais ils savent également vous préparer à aller vivre 150 kms plus loin, dans une maison plus confortable, avec un emploi mieux rémunéré et vous indiquer qu’un lycée de qualité sera à disposition pour former vos enfants. C’est en cela qu’il m’arrive de dire que nous devrions nous métisser avec des coréens ou des Malaisiens pour accélérer notre développement.

Comment ancrer les dynamiques amorcées au niveau national dans les territoires ?

C’est vous qui m’annoncez que de telles dynamiques existent. Je serais friand de les découvrir et de les étudier. Les dynamiques ne sont pas amorcées parce que notre Etat n’est pas stratège et nos collectivités n’ont pas pu ou su s’emparer des textes pour épuiser le modèle de décentralisation adopté en 1999. Il faut que l’aménagement et la décentralisation soient au cœur des débats politiques à l’avenir.

Casablanca, Dakar, le District d’Abidjan, L’Etat de Lagos sont des exemples d’amorçage de dynamiques territoriales. L’architecture de la décentralisation au Burkina-Faso et en RD Congo (même si elle est reste théorique) présente des modèles à observer. Tenez, regardons le Maroc au moment des 15 ans de règne de Sa Majesté le Roi Mohamed VI : c’est la gestion des territoires qui a modifié le paysage car on n’impose pas à Rabat, le modèle de Casablanca qui est encore différent de ce qui se fait à Tanger.

Quels sont les grands enjeux territoriaux du BENIN pour les années à venir ?

Le développement territorial doit être une vision prospective et une démarche opérationnelle. Plutôt qu’une méthode pré-formatée, il faut poser des questions, proposer des outils et décrire un protocole d’actions à ajuster à chaque fois par les acteurs eux-mêmes en cours de processus. Il faut l’Acte 2 de la Décentralisation qui va définir très clairement :

  • Le rôle de l’Etat central
  • La nature et la place des collectivités
  • Leurs attributions dont certaines deviendraient exclusives
  • Les modalités de la gestion locale que nous souhaitons participative
  • Le transfert des ressources
  • Le financement des initiatives locales
  • Les mécanismes de contrôle et d’évaluation
  • Le renforcement des capacités des élus locaux via des formations adaptées aux réalités locales.

Quelle serait la réforme structurelle la plus importante à vos yeux?

Vous me pardonnerez d’en proposer deux plutôt qu’une :

1-La réforme territoriale accompagnée de l’adoption d’une Stratégie Nationale d’Aménagement du Territoire afin que le Bénin se dote de 15 régions avec des exécutifs locaux élus (Alibori, Borgou, Atacora, Donga, Zou, Collines, Ouémé, Plateau, Mono, Couffo, Atlantique, Capitale (incluant Porto-Novo & Sèmè-Kpodji, Littoral et la Zone Franche Industrielle.

2-L’adoption d’un mécanisme global de financement des infrastructures et projets locaux. C’est inadmissible qu’une commune n’ait pas d’eau faute de moyens en 2015 alors qu’elle dispose d’une réserve foncière de plusieurs hectares de terres arables ou à potentiel commercial qui sommeille.

Permettez-moi d’exagérer : la fonction publique territoriale, c’est-à-dire des gens formés pour et par les collectivités et qui seront des fonctionnaires sous contrat, assujettis à des objectifs. Vous savez, quand je suis rentré à la Mairie de Paris, c’était à une époque ou l’institution ne voulait plus de stagiaires dans les directions administratives à l’exception des élèves de l’ENA. Mais pourtant je suis rentré, j’ai travaillé, ensuite j’ai été prolongé et à la fin, ils m’ont orienté vers le Conseil Régional qui est encore au dessus de la Mairie. C’est dire qu’il faut savoir ce qu’on veut, il faut se former et accepter d’être formé. Aujourd’hui, dès que des spécialistes consultent mon CV, ils flairent une arnaque et se renseignent sur ce point. Après cette étape, la discussion prend une autre tournure car ils savent que ceux qui m’ont fait confiance et outillé ne sont pas des amateurs. Certain de ministres, gouverneurs ou maires africains sont des partenaires et j’ose dire des amis, parce que nous nous disons la vérité, en toute connaissance de cause. Je n’ai pas à la flatter car je connais le fond de la marmite et ils ne se méfient pas de mes offres car je suis un ingrédient utile pour la sauce.

Il faut que le Bénin se dote de compétences qui ne parlent que du développement local : politique locale, administration locale, sécurité locale, infrastructures locales, finances locales. Car le jour où les impôts seront collectés de rue en rue, par des gens qui sont du milieu, l’informel et le désordre vont se résorber.

Quels sont les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber ?

C’est la politisation. L’état central craint deux choses : le contrôle des ressources et l’efficacité. Peut être qu’avec la décentralisation avancée, on aura des ANDRY TGV au Bénin. Je veux parler de ces maires modernes, dynamiques, volontaires qui par leur connaissance de l’environnement et le décryptage des besoins, vont délivrer des résultats qui vont démystifier la toute puissance des élites d’aujourd’hui. Ce sera la révolution par le résultat.

Pareillement, vous savez qu’avec la décentralisation actuelle, rien n’interdit à la Mairie de Cotonou de créer avec un privé la SCEE : Société Cotonoise d’Energie Électrique ? Vous imaginez si Cotonou devient autonome et que votre voisin à de l’énergie à PK 10 et vous à Agblangandan qui est dans la commune de Sèmè-Kpodji vous êtes à la bougie ?

Le Bénin est un pays francophone dont l’administration territoriale (dans l’esprit des lois et dans leur application) se calque sur le modèle français : un « millefeuille » territorial qui comporte actuellement cinq échelons décentralisés : Région, Département, EPCI et Commune, auxquels s’ajoutent les Préfectures ou sous-préfectures. C’est notre héritage colonial. Mais si on doit s’ouvrir aux meilleures pratiques à l’échelle globale, il nous faut repenser le modèle dans son architecture comme dans son fonctionnement. Le débat actuel sur la réforme territoriale française est édifiant en ce qu’il a pour objectif de diviser presque par deux le nombre de régions (de 26 à 14 régions) afin de rationaliser les ressources et d’optimiser les investissements publics à l’échelle des 36 7772 communes françaises.

Autrement dit, au Bénin, une nouvelle étape de la Décentralisation devrait permettre la mise en place de « Régions » fortes dotées de pleins pouvoirs et d’intercommunalités territorialement cohérentes pour conduire des politiques d’aménagement, de développement urbain, de développement économique et de transports sur des bassins de vie (l’on vit à Ouidah et travaille à Cotonou ou à Abomey-Calavi par exemple) dont les périmètres dépassent bien souvent ceux des communes telles qu’actuellement découpées et organisées.

Quel rôle pour l’architecte dans ces  projets selon vous ?

Vous voulez savoir ce que je pense de vous ? C’est ça en réalité. Je vais paraphraser le Président Kérékou : «  il n’y a pas de petit chef ». Les architectes béninois doivent s’affirmer car ils sont chefs dans leur art et expertise. Ils doivent nous montrer qu’ils sont présents, qu’ils sont indispensables, qu’ils ont une fonction de conseil aux gouvernants dans l’édification de normes pour une cité moderne avant de passer à l’étape des particuliers. Il y a également les urbanistes, les paysagistes, les environnementalistes. Même nos géographes, je ne sais pas pourquoi ils se taisent et se cachent dans l’administration.

Le Rwanda bouscule l’immense RDC, la Suisse existe entre trois géants, Singapour flamboie au levant. Il n’y a pas de petit chef et si le chef qui doit composer et dessiner le paysage se dérobe, tout le tableau sera forcément bancal.

Théoriquement, l’architecte, dirons certains, ne joue qu’un rôle opérationnel en bout de chaîne, donc n’intervient qu’en aval de tout processus décisionnel. C’est une vision étriquée et erronée de leur rôle dans la cité. Plus qu’un exécutant, l’architecte, par sa créativité et son œuvre, peut être un véritable « agitateur » d’idées, celles-ci ayant pour vocation avant tout de bousculer bien souvent certains préjugés. Tenez, de Lille à Marseille, deux bassins économiquement sinistrés dans les 80, Christian de Portzamparc avec la tour en « L » à Lille et Zaha Hadid avec la tour « CMA-CGM » ont changé les destinées de ces deux cités moribondes et surtout ont profondément contribué à changer leur image respective, les plaçant aujourd’hui comme deux métropoles fortes au cœur de l’Europe.

Et que dire de l’édifice avant-gardiste du Musée des Civilisations Européennes et de la Méditerranée (MUCEM), emblème de ce renouveau marseillais signé Ruddi Riccioti, qui a attiré à lui-seul plus d’un million de visiteurs à Marseille dans le cadre de l’événement Marseille Capitale Européenne de la Culture en 2013 et des nombreuses retombées économiques pour les entreprises, les commerçants-artisans, la ville … Réinventez donc en tant qu’architectes, nos villes et nos campagnes. Prenez Zongo à Cotonou, la zone du Marché à l’entrée de Parakou, la berge lagunaire de Porto-Novo et travaillez pour un renouveau.

Quelle devrait être selon vous la relation entre Politique et Architecture au BENIN?

Une relation de confiance et de coopération. Réponse a été apportée plus haut en disant qu’il vous revient de vous affirmer. Le politique est architecte par l’ambition, la vision et le leadership. Il s’engage. Vous devez l’accompagner, le conseiller, le contredire au besoin. Le Bénin c’est notre chantier commun !

Le BENIN devra faire plus que ce qu’elle ne fait actuellement, pour remplir ses objectifs d’amélioration des conditions d’accueil et de création des entreprises. Que se donne-t-il comme moyens ?

Écoutez, cette question est faite pour ceux qui gouvernent le Bénin. A eux de vous éclairer sur les stratégies qui sont les leurs. Nous avons entendu parler de Renouveau Economique quand ils étaient candidats, de Changement quand ils battaient campagne puis d’Émergence quand le régime actuel s’installait. Plus tard, c’était la Refondation de la République suivie de la Dictature du Développement.

Nous sommes d’une génération qui veut toujours PLUS. Paix, Liberté, Unité et Solidarité :

  • La Paix donne la stabilité et l’attractivité.
  • La Liberté permet de rêver et d’entreprendre.
  • Dans l’Unité, l’on parvient à joindre les forces pour se mettre au travail et développer.
  • La Solidarité partage équitablement les fruits de la prospérité.

Donc le seul moyen pour avancer, c’est de faire vraiment plus !

La deuxième partie de l’entretien à suivre…

Vous pouvez réagir aux propos de Lionel KPENOU CHOBLI sur notre page Facebook…

Interview par Steve Nicoué KOTEY Architecte DE ,Consultant en Innovation  www.Archicaine.org

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

Review overview
NO COMMENTS

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :