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Egypte.Hassan Fathy, pour l’Egypte

Égypte | Hassan Fathy, pour l’Égypte (12-02-2014) «Si quelqu'un doute de la possibilité de laisser le peuple construire ses maisons, qu'il aille voir en Nubie. Il y verra la preuve matérielle que des paysans sans

Égypte | Hassan Fathy, pour l’Égypte (12-02-2014) «Si quelqu’un doute de la possibilité de laisser le peuple construire ses maisons, qu’il aille voir en Nubie. Il y verra la preuve matérielle que des paysans sans instruction […] peuvent faire beaucoup mieux qu’aucune politique du logement», écrivait Hassan Fathy. L’architecte égyptien demeure, vingt-cinq après sa mort, une figure incontournable. En témoigne, l’article d’Ahmed Zaki Osman publié le 28 mars 2013 dans Egypt Independent. 

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Contexte

Le nom de Hassan Fathy est familier des lecteurs d’André Ravéreau. L’architecte égyptien a en effet préfacé l’ouvrage Le M’Zab, une leçon d’architecture. Né en 1900, diplômé de l’École Polytechnique du Caire en 1926, Hassan Fathy est connu pour ses prises de position originales et souvent à contre-courant de l’idéologie internationale et occidentale prévalant de par le monde, en cette période d’après-guerre. En 1957, il quitte son pays pour rejoindre Athènes et les bureaux de Constantin Doxiadis.

A cette époque, il imagine quelques unités d’habitation rurales et urbaines en Irak et rédige plusieurs analyses sur les villes africaines dans le cadre du projet global de Constantin Doxiadis, intitulé ‘City of the Future’. «Au retour de Grèce en 1961, après cinq ans passées dans l’agence de Constantin Doxiadis, dans une Égypte qui s’est presque totalement vidée de ses élites cosmopolites au lendemain de l’affaire du canal de Suez, Fathy est amené à penser le développement touristique moderne du pays», écrit Leïla El-Wakil, chercheur à l’université de Genève dans ABE Journal. L’homme de l’art a, à son actif, plusieurs villages de vacances et quelques plans urbains. Parmi eux, la nouvelle Gourna, une ville au sud de l’Égypte. Dès 1949, Hassan Fathy y a développées la plupart des idées qu’il résume en 1969 dans un ouvrage, Gourna, a Tale of two villages, traduit en 1970 en France, sous le titre Construire avec le peuple. Thierry Paquot, «philosophe de l’urbain», analyse dans un article publié dans le numéro 109 des Cahiers d’Histoire, revue d’histoire critique, la traduction française de l’intitulé aux accents post-soixanthuitards. «Dans cet après mai 68 […] ‘avec le peuple’ signifie ‘participation des habitants’, ‘démocratie de base’ veut dire ‘égalitarisme’, ‘les experts au service du peuple’, etc. Or, nous l’avons vu en suivant de près le livre, l’architecte égyptien construit pour le peuple, et non avec le peuple. Son ‘pour le peuple’ veut dire qu’il a en tête une image du bien-être du peuple, qu’il souhaite transmettre et appliquer. Pour le dire autrement, il est bardé de bons sentiments, comme le chemin de l’enfer en est pavé, et c’est généreusement qu’il souhaite agir pour le bonheur du peuple, un bonheur que lui seul connaît…», ironise-t-il. Idéologue engagé ? Utopiste ? Pour l’heure, vingt-cinq ans après sa mort, les colonnes d’Egypt Independent laissent à penser un nouvel éclairage. Hassan Fathy était en quête d’identité pour son pays. La question n’est-elle pas d’actualité, place Tahrir ?

EN 1900 NAISSAIT L’ARCHITECTE HASSAN FATHY Ahmed Zaki Osman | Egypt Independent

LE CAIRE – L’Histoire se souviendra longtemps de Hassan Fathy pour sa tentative courageuse mais manquée d’utiliser l’architecture comme un outil pour défier l’hégémonie occidentale et pour transformer la vie des Égyptiens. Hassan Fathy est né le 23 mars 1900. Tout au long de sa carrière, il a été impliqué dans la création d’un habitat sain pour les Égyptiens, spécialement pour les populations défavorisées de Haute Égypte et du désert de l’ouest. Ayant grandi à une époque où l’Égypte cherchait désespérément sa propre identité, Hassan Fathy a travaillé en vue de développer une identité architecturale qui pourrait renforcer celle de la nation.

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Quelques historiens avancent qu’il était un fervent opposant à l’architecture de style occidental qui utilisait, en masse, du béton armé. Voilà une vision relativement simpliste de sa pensée. Dans son livre Architecture pour les pauvres : une expérimentation dans l’Égypte rurale, Hassan Fathy a révélée la manière dont l’architecture pouvait être considérée comme un outil pour la transformation et la résistance sociale et politique. Il a écrit : «il n’y a pas, en Égypte moderne, de style indigène. La signature manque ; l’habitat des riches et celui des pauvres est sans caractère, sans accent égyptien. La tradition est perdue et nous avons été coupés de notre passé…». La quête de Hassan Fathy pour une identité architecturale ne s’est pas seulement focalisée sur la manière dont on construit une maison, mais il s’agissait également de transformer la vie de tout un chacun, économiquement, socialement et culturellement.

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Ses idées ont été appliquées dans le projet dit de la Nouvelle Gourna à Louxor, débuté après la Seconde guerre mondiale. L’ancien village de Gourna, situé au coeur d’un site archéologique, en haut des collines, inquiétait les autorités notamment à cause des pillages répétés de tombes antiques par les habitants. Hassan Fathy a proposé d’utiliser l’architecture en vue de créer une nouvelle façon de vivre pour ces gens en leur offrant, notamment, des opportunités économiques. Par la même occasion, il s’agissait d’initier les bases d’une architecture d’inspiration égyptienne. Il affirmait que l’architecture d’une maison devait respecter «le rôle des traditions». Pour lui, cela signifiait respecter les réalités locales et trouver des solutions qui ne les menacent pas. L’une de ces réalités en Haute Égypte, par exemple, indiquait que les individus d’une même famille préféraient avoir leur maison proche les unes des autres. Il avançait – et ici, il a joué un rôle d’anthropologue – que «le besoin de protection vis-à-vis de la nature et des autres, pour eux et leur bétail, se reflète dans la manière dont les maisons et les villages s’ouvrent depuis l’intérieur et tourne le dos au monde extérieur». Autre point important dans son projet : l’environnement. Hassan Fathy a utilisé des briques de terre dans ses maisons, affirmant qu’il n’y a là pas seulement une obligation économique mais que le matériau soulage aussi des fortes températures estivales.

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Le nouveau village devait avoir également ses propres moyens économiques par la revitalisation de l’artisanat traditionnel, lequel pourrait être présenté au sein d’une exposition permanente. Le très inspiré projet de la nouvelle Gourna a souffert de nombreux revers. Dans sa nouvelle Al Gabal (La Montagne), publiée en 1958, Hassan Fathy a montré combien l’ambition a souvent été ignorée. Dans un passé encore plus récent, quelques tentatives symboliques ont été lancées pour revitaliser le projet alors que la nouvelle Gourna est devenue un énième site de construction illégale en Égypte.

Ahmed Zaki Osman | Egypt Independent | Egypte 28-03-2013 Adapté par : Jean-Philippe Hugron

Article paru sur  le courrier de l’architecte 12-02-2014

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

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