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Entretien avec Hermann Kamte,jeune vif et créatif architecte camerounais.

Il fait le buzz actuellement sur les réseaux sociaux et les sites internet d’art et d’architecture anglophones ; il a même séduit le ministre sud-africain de la Culture. Il est jeune et dynamique, mais surtout créatif.

Il fait le buzz actuellement sur les réseaux sociaux et les sites internet d’art et d’architecture anglophones ; il a même séduit le ministre sud-africain de la Culture. Il est jeune et dynamique, mais surtout créatif. Son projet « Lagos’s Wooden Tower/ Abebe Court Tower » a séduit plus de 5 jurys de concours d’architecture, en Europe et aux États-Unis où il ira bientôt exposer, aux côtés d’architectes de renom. Alors qui est-il, ce prodige qui fait la une des médias  du monde ? Archicaine vous ouvre les portes de HKA, dans une interview exclusive !

En quelques mots, qui est Hermann Kamte? (Parcours scolaire et universitaire, passions, loisirs)

En 2017, Hermann est reconnu comme un Jeune Talent de l’Architecture contemporaine et africaine à travers des projets concepts majeurs. « Lagos’s Wooden Tower/Abebe Court Tower », le plus célèbre bénéficie d’une couverture médiatique mondiale et de nombreux prix internationaux. Hermann Kamte est un lauréat du WAFX Prize, 1er prix de l’identité culturelle au World Architecture Festival 2017. Hermann Kamte est un jeune architecte camerounais, Fondateur et principal associé de l’agence d’architecture HKA | Hermann Kamte & Associates basé à Yaoundé au Cameroun. HKA opère dans les secteurs de l’Architecture, du Design, du Design urbain, de l’Éducation et de la Recherche. Née le 20 février 1992 à Yaoundé au Cameroun, Hermann Kamte entreprend des études supérieures à l’Université de Ngaoundéré en 2010 après son Baccalauréat, il débute en Faculté des Sciences option Physique.En 2011, il intègre l’EAMAU (École africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme) au TOGO pour y poursuivre un cursus en Architecture. Diplômé en juillet 2016, Hermann décide de rompre avec les méthodes locales de la pratique professionnelle en architecture.Il décide de s’ouvrir au dialogue de l’architecture sur le plan international. C’est ainsi que HKA voit le jour comme un pôle de réflexion à la fois conceptuel et pratique. Architecte inscrit à l’Ordre National des Architectes du Cameroun (ONAC) N°321 /National Order of Cameroonian Architects (NOCA)

Lips Bench,Design 2016

Il me plait de dire qu’en tant qu’architecte, je veux partager des idées et des solutions avec ma communauté et le monde. Je développe un intérêt pour l’inconnu, je n’ai pas peur de ce que je ne comprends pas au contraire j’en suis fasciné. Je veux apprendre, comprendre, expérimenter la vie avec une ouverture d’esprit sur toutes les cultures du monde. Tout ceci me permet de comprendre le sens profond des choses et invite au sens du détail.Je crois fondamentalement qu’un architecte est comme un philosophe de la société moderne, plus vous en savez mieux vous pouvez impacter positivement. Je crois donc qu’un bon concepteur doit être pluridisciplinaire.Ma position, dans l’architecture de notre époque, en dépit de cursus quelque peu différents, il n’y a plus de limites entre architecture, architecture du paysage, design d’intérieur ou design, car ils interagissent et s’entrelacent pour créer le bien-être.

Pour ce qui est de ma vision sur le plan local, je dirai que le bois est mon matériau favori en raison principalement du contexte dans lequel j’évolue et dont je suis natif, l’Afrique centrale et le Cameroun en particulier. À mon avis, c’est une aberration technique et technologique de savoir que ce matériau, le plus disponible n’est pas exploré dans le domaine de la construction chez nous : c’est donc un de mes défis de carrière au niveau local quoique la portée internationale y représente aussi un fort intérêt. Naturellement, je travaille également avec une gamme de matériaux, en fonction.

Je suis plutôt orienté vers une architecture high-tech qui intègre les outils modernes de conception tenant compte du contexte sociologique, anthropologique et culturel. L’Africain a le droit de rêver  comme tous ses voisins et ce serait un réel accomplissement d’être un des piliers de cette nouvelle aventure. Le travail high-tech de l’architecte Sir Norman Foster et celui des architectes tels que Michael Green sur la technologie de construction en bois sont mes références. Naturellement, je respecte le travail des architectes du continent qui ne partagent pas nécessairement mes aspirations : les pensées divergentes ne sont pas nécessairement opposées au contraire, elles constituent un solide bagage pour construire l’avenir.J’aime beaucoup de choses folles, mais aussi la culture, la musique, le cinéma, les dessins animés, le manga, la mode, les arts, les sciences, l’économie, la technologie, l’astronomie, l’océanologie, l’océanographie, etc.

Pixa concours, Worldwide 2016

Quel est le secret de ce succès fulgurant de votre projet « Lagos’s Wooden Tower/ Abebe Court Tower » ?

J’introduis en disant, la circonstance veut qu’à ce jour « Lagos Wooden Tower » soit le tout premier gratte-ciel en bois proposé en Afrique. De plus, son atout majeur réside dans la force de la proposition, je reviendrai sur cet aspect plus loin. En 2017, ce projet a séduit la communauté des professionnels et amis de l’architecture au Festival Mondial de l’Architecture à Berlin. Quand on sait que ce dernier est la plateforme mondiale sur le débat intellectuel des métiers de l’urbain, on comprend mieux l’intérêt qu’il peut susciter et qu’il suscite encore. Cette reconnaissance s’est manifestée par notre prestigieuse récompense qui est le WAFX Prize 2017 dont nous sommes lauréats et remportons la catégorie « identité culturelle ». Ce prix dans sa session inaugurale à l’occasion du 10ème anniversaire du World Architecture Festival a pour but de présenter les concepts architecturaux les plus avancés et plus tournés vers l’avenir. Si vous faites une analyse transversale sur le Manifeste X du World Architecture Festival 2017, vous comprendrez que « Lagos’s Wooden Tower » est l’un de ces rares projets qui intègrent des thématiques urbaines telles que : Contexte local, Architecture durable, Culture, Design urbain, Technologie, bois. Ceci permet de conclure que la force de cette proposition est liée à des questions fondamentales qui caractérisent le contexte : que construisons-nous ? Pour qui ? Et pourquoi ?

À Lagos, nous proposons une tour résidentielle pour des populations provenant d’un brassage multiculturel afin de répondre à la demande en logement tenant compte des facteurs ; durables et culturels qui influencent le projet à côté du positionnement géographique, qui se veut un facteur déterminant de la conception. Soit, à Yaoundé le projet aurait été en bois, mais différent dans sa conception étant donné les couches culturelles existantes et les influences  afférentes. Dans un contexte englobant, premièrement ce design explore les possibilités d’une extension verticales de la ville existante en partant du principe que les villes du futur se construisent de façons naturelles par imbrication à celles existantes. Il n’est pas très judicieux d’envisager la destruction totale des tissus et noyaux existants des villes principales africaines, mais leurs reformulations et réinterprétations.

Lagos’s Wooden Tower / Abebe Court Tower Concours client : Metsä Wood LAGOS NIGERIA 2016

Deuxièmement, le projet fait appel à l’intégrité d’un peuple, à la remise au premier plan des paramètres sociaux d’une entité culturel : celle des yoruba, mais de quelle manière ? La tour est conçue dans le respect du principe de l’habitat traditionnel yoruba avec sa forme rectangulaire prononcée et ses grandes cours intérieures qui ont des fonctions spécifiques dans le mode d’habité. Certes, la tour est une forme altérée du principe fondamental de l’habitat yoruba qui est plutôt horizontal, mais cette altération n’est qu’une évolution du modèle de base. Formellement, la culture étant une entité évolutive, elle est sujette à mutation au cours de sa propre évolution, j’en veux pour preuve le mode de vie de l’homme du 21ème siècle en comparaison à celui de son cousin du moyen âge. La grande force de l’architecture est de pouvoir créer un bagage qui traverse les millénaires, et sur ce coup les architectes de l’Égypte, la Rome et la Grèce antique ont marqué leur passage.

Troisièmement, le projet aborde la question  des matériaux. L’architecture a besoin de trois grandes matières premières pour se créer ; l’espace, la lumière et les matériaux sont nécessaires et suffisants pour façonner des volumes à priori. L’architecte apporte à ces ingrédients son savoir-faire qui est purement intellectuel, une suite de décisions qui puisent leurs racines dans la logique et l’abstrait, dans le contexte existant ou celui qu’on envisage. Ainsi, L’objectif sur cette question a été de construire un concept en bois durable pour notre société proposant de fait une alternative à la dépendance de la ville sur les bâtiments en béton/acier moins durables. L’état de Lagos est bien un foyer de la forêt tropicale qui par conséquent offre une exploitation intelligente du bois d’ingénierie. Donc le choix de la ressource n’est pas qu’architectural, mais elle vise aussi à implémenter un modèle économique axé sur l’exploitation de la ressource bois. À cet effet, le choix du LVL/Laminated Veener Lumber/bois lamellé-collé a été primé par rapport au CLT/Cross Laminated Timber/bois lamellé-croisé plus répandu dans le marché bien que présentant un grand nombre de similitudes avec le précédent.Dans ce projet, le LVL a été choisi en raison de sa propriété : légèreté, flexibilité et malléabilité, mais aussi la volonté d’une exploration autre que le CTL. J’ai vraiment aimé LVL Wood Product avec le projet « Metropol Parasol de l’architecte allemand Jürgen Hermann Mayer » à Séville. Ce projet est l’introduction d’une autre vision du bois LVL.

En conclusion, Lagos’s Wooden Tower est l’un de ces projets qui questionnent nos pratiques. Il a gagné plusieurs prix internationaux, a été publié dans les plus grandes revues ; et cela ne fait que continuer. C’est une grande entrée pour la jeune équipe de HKA. Nous avons reçu ce type de message de la presse africaine ou Nigériane « Merci de réinventer l’architecture africaine », « Merci pour votre apport à Lagos ». Cela aide à comprendre comment les gens sont connectés au projet. Même si ce n’est qu’un concept, la caractéristique la plus innovante est l’apport d’un regard nouveau ; soit une proposition appropriée au contexte. La plus belle de l’année 2017 est cette citation :

“As a symbol of African Architecture gaining global stature, Herman Kamte a 25-year-old Architect from Cameroon, recieved the WAFX prize at the World Architectural Festival in Berlin for his design of the Lagos Wooden Tower… Congratulations Hermann, you’ve made the continent proud. Keep up the good work.”  S.E. Nathi Mthethwa,,Arts and Culture Minister of South Africa  November, 13 th 2017

Wixie concours Over-The-Rhine Foundation Cincinnati, United States Of America 2018

Quelle est votre plus grande source d’inspiration ? Pourquoi ?

Par nature, je suis quelqu’un de curieux ce qui influence grandement ma personnalité et ma façon de travailler, de percevoir le monde ou encore la qualité de mes prestations. Personnellement, je pense que plus vous en savez, mieux vous affrontez les situations de la vie. J’assume en disant que si vous faites comme tout le monde vous n’irez pas bien loin, c’est des faits, le choix de la majorité est en général un choix sujet à controverse voici pourquoi la minorité se démarque. Naturellement, il n’est pas question d’être d’avis avec cette opinion, faite vous-même le constat. Pour ne pas entrer dans la phagocytose, j’essaie de diversifier l’esprit avec plusieurs inspirations : Lecture, Musique, bande dessinée, Manga, Cinéma, Art, Finance, Culture, Faune, Flore, etc. Sur le plan professionnel, il me plait de dire qu’en tant qu’homme de science, Artiste et entrepreneur j’essaie de créer le juste équilibre entre Leonard De Vinci et Steve Job, il y a le rationnel de la science et l’irrationnel de l’inventeur, le fêlé de l’entrepreneur. Il faut être assez fou pour croire que ceux à quoi vous aspirez va se réaliser ou prendre forme juste parce que vous l’avez décidé ou vous le désirez. Je crois que l’architecture bois va se développer en Afrique. Les sources d’inspiration sont de solides influences, ce sont des référents. Pour l’exemple depuis mon parcours scolaire, je n’ai jamais caché à qui voulait le savoir mon ambition d’être un de ces architectes qui influencent le monde et transforment la vie des gens par leurs créations. Naturellement, il ne suffit pas de vouloir, il faut y mettre énormément du sien, ça demande pas mal de travail. Depuis mon admission à l’école d’architecture à ce jour j’ai rarement passé une journée sans lire un magazine d’architecture, d’art, de culture ou de design. Il n’y a pas de hasard, ceux qui gagnent tout le temps ont bien des astuces, ce n’est pas la magie ; c’est le processus.

Successivement, je dirai que j’ai connu différentes influences au cours de mon parcours, mon monde n’étant pas figé, mais dépendant de mes centres intérêt. Aux premières heures de ma formation, Sir Norman Foster et Zaha Hadid (principalement à cause de mon grand ami Johnson Michée Christian qui lui-même devint une de mes influences). En deuxième année j’ai pris plaisir à lire profils et monographies de bien d’architectes célèbres. Ensuite vient l’époque des jeunes prodigieux architectes, comme Vincent Callebaut, Bjarke Ingels, Jürgen Mayer ou David Adjaye OBE. Aujourd’hui, j’ai dépassé tout ça et je lis maintenant tout le monde, indépendamment de sa notoriété, le plus important étant la valeur de son œuvre. Je ne pense pas que les plus médiatisés soient nécessairement les plus brillants. En conclusion, ma grande source d’inspiration est sans aucun doute notre Humanité, ma curiosité envers nos évolutions, nos découvertes, nos civilisations, notre histoire, nos progrès techniques et technologiques ; nos émotions et notre sensibilité.

Recherche : The Forgotten – Dead Or Alive,l’île artificielle pour sauver le lac Tchad 2016

Parlant de médiatisation, nous faisons ce constat à archicaine, les architectes africains aiment très peu communiquer sur leurs projets et certains sont parfois inaccessibles malgré nos efforts, contrairement aux architectes occidentaux qui sont très présents sur les réseaux sociaux. Qu’est-ce qui explique, selon vous cet écart?

De façons générales, l’internet est accessible pour tous, mais la communication sur internet est assez complexe surtout en architecture. Les médias qui ont de la notoriété sont très sélectifs alors que les médias de relais plus nombreux n’atteignent pas nécessairement les bonnes personnes. Quand bien même les plus grands médias vous reprennent, les retombées ne sont pas dans l’immédiat. Nous, Architectes, travaillons pour la majorité sur l’ancien système de pensée oubliant que l’agence d’architecture est une entreprise. Il vous suffit de suivre les Agences comme Skidmore Owen et Merill, Gensler, mieux lisez le classement du W100 2018 pour comprendre que les Anglos saxons en font un véritable business et sont à une échelle plus élevée du sujet.

La communication est le seul moyen que les êtres humains ont pour échanger. Un architecte propose un service et comme tout autre prestataire il est tenu de communiquer sur la qualité de ses services, en rapport à la concurrence. Il existe une kyrielle d’évènements à cet effet. Il ne faut pas rêver, on ne viendra pas vous chercher juste parce que vous êtes trop bon, il y aura toujours meilleur que vous, la différence se fait au niveau de celui qui peut capter l’attention, celui qui ne s’exprime pas ne se fait pas entendre ou écouter et par conséquent a des chances réduites. Communiquer permet de faire parler des références à votre place, c’est tout un Art qui demande une stratégie.

À titre d’exemple l’agence Bjarke Ingel Group fondé en 2008 a explosé principalement grâce à la puissance de sa communication. Bref, il faut bien que vos belles conceptions et vos beaux dessins arrivent aux bonnes oreilles ; quand vous êtes à Yaoundé comme HKA, voulez-vous que l’Européen, l’asiatique, l’indien, l’américain, les autres africains soient informés de la valeur de vos prestations s’ils ne savent même pas que vous existez ? vous voyez que c’est compliqué !

London Bay, concours 2015

Pour revenir au contexte local, africain, il faut déjà encourager les efforts qui sont faits par quelques acteurs sur le sujet, mais ces efforts restent minimes surtout en Afrique Francophone. L’occasion de vous dire merci à l’équipe d’Archicaine pour vos efforts depuis 2013.  En guise d’illustration ; de façons stratégiques, HKA n’a à priori aucun intérêt à faire de la communication en zone francophone, parce que le déphasage avec les Anglo-saxons est trop grand. Les statistiques de visites de nos plateformes donnent comme source de visites : USA, le Royaume-Uni, l’Inde, l’Afrique du Sud tous des pays anglophones. Tous les médias, des éditeurs, les prix, les compétitions, l’auditoire, distinctions et les institutions qui comptent en architecture sont concentrés dans le milieu anglo-saxon. HKA est une entreprise qui veut attirer des clients internationaux et locaux, un avantage pour nous que le Cameroun soit bilingue. Comprenez que l’Agence exploite les canaux existants, on ne peut pas faire l’architecture et créer les plateformes pour se faire une auto reconnaissance. Une fois de plus c’est compliqué ! Maintenant, la communication demande beaucoup d’investissement, ça demande du temps et parfois de l’argent . Ça signifie qu’il vous faut un projet original qui puisse capter l’attention des éditeurs et de leurs lecteurs.

Pandora’s Box, concours maître d’ouvrage : Ruukki Oulu, Finland 2015

Pour en revenir aux autres aspects de la question, sur la disponibilité des architectes à parler de leur projet, je dirais que chacun est responsable de ses actions. J’ai eu à collecter quelques confidences sur le sujet, des confrères m’ont confiés que leur anonymat est né du désir de travailler uniquement pour des clients qui savent reconnaitre et peuvent payer pour un service de qualité. Bref, ils ont décidé de se fondre dans une clientèle VIP et laisser tomber les petites commissions usuelles, pour des clients parfois trop exigeants et plus portés sur le coût que la qualité, ou le résultat. Je sais que la profession d’architecte regroupe beaucoup de diplômés en Afrique, mais peu d’architectes praticiens. Déjà qu’il y a très peu de professionnels formés, il devient difficile d’empêcher dans ce faible nombre quelques-uns d’exercer alors que le marché est plein de non Architectes qui exercent librement. Avec l’expérience je peux dire que l’architecture est probablement la profession libérale la plus mal encadrée en Afrique francophone ; exercer est un challenge journalier entre les non-architectes et architectes dont quelques médiocres qui bondent le marché avec des prestations minables pour des services de très bas niveau. Cette médiocrité à de grands effets sur le paysage urbain, la pensée générale et le regard à l’international. En Afrique, la mort de l’architecture a débuté avec tous ces architectes qui pensent que posséder un ordinateur va résoudre les problèmes de l’architecture en Afrique. Ils ont bien la preuve que nos grands-parents n’ont pas eu besoin de logiciels pour savoir que la terre est un bon isolant thermique et que le bambou peut jouer un rôle structurel. Voici donc un début de cet écart !

Plus loin, de l’écart entre contextes africains et celui occidental, je dirais que chaque peuple à la mission de vanter ses mérites on ne peut pas en vouloir à Forbes de classer les milliardaires, pour nous amener à conclure que les usa sont un pays de milliardaires. Conséquence tout le monde veut aller aux USA comme si y être vous rendra milliardaire : voilà donc la puissance de la communication. Soit, les architectes des autres continents ne sont pas plus brillants que les nôtres. Mais notre contexte nous met dans une situation d’inconfort. Dans un monde en guerre intellectuelle entre les continents, nos presses ont parfois un manque de vision. En Afrique, la grande partie des magazines couvrent la politique, même ceux censés couvrir l’économie ne couvrent que la politique. Les gens sont persuadés que le bavardage va changer leur vie et la déception est que chaque journée ressemble à la précédente. Visiter les magazines des autres continents pour comprendre qu’aucun peuple ne va se charger de vulgariser les savoirs faire d’un autre. Nous, Architectes africains devons prendre en main cette question de communication, sinon la globalisation va nous absorber et seuls quelques-uns vont avoir les yeux clairs. Nous devons organiser des conférences, créer des rencontres, et inciter les architectes des différents pays de l’Afrique aux débats. Le point positif est qu’avec une population sans cesse croissante et estimée à 4,5 milliards pour 2100. On verra forcément naitre de grosses firmes d’architecture très bientôt. J’espère que HKA sera l’une d’elles. Le Sud-Africain, Boogertman+Partners Architects a ouvert le bal en figurant dans le WA100 2018, un bon début !

Fine Flower – Dubai Heart,proposition concours municipalité de Dubai, United Arab Emirates

Que vous inspirent les mots-clés suivants : Architecture — Développement — Afrique — Population ?

Ces mots, me sont d’une grande signification dans le contexte auquel j’appartiens, je m’en tiendrai donc au cas spécifique de celui-ci. Il faut rechercher dans ces mots une signification matérielle et immatérielle, une vision et des perspectives. Je crois à la fin de l’aide internationale/dette internationale qui finance nos états, pour laisser place au travail et à l’effort des fils et filles du continent : L’Afrique pour moi c’est l’avenir,

De récentes statistiques annoncent que l’Afrique qui connaît déjà avec ses 1,2 milliard d’habitants une croissance fulgurante qui va atteindre la barre des 4,5 milliards en 2100 soit 2,5 milliards au moins au début des années 50. Donc il faut trouver des solutions aux besoins de cette population sans cesse croissante. La tâche est ardue quand on sait que l’on a déjà du mal à gérer les besoins de base. Techniquement, rien n’a été joué dans le rapport ressources, population et besoins. Plus loin, les ressources semblent être la variable dominante donc on a pour le moment toutes les cartes de notre avenir en main, c’est jouable. Comme dans tous les grands empires, la population inspire le dévouement, l’unité, l’effort et la conviction. L’architecture est un argument solide pour accompagner l’essor et l’envol des nations à travers le continent. Il me plait à dire que l’architecte est le philosophe de la ville moderne. Cette discipline transversale permet d’explorer  les modes de vie des sociétés africaines. L’architecture n’a pas alors que la seule valeur d’ériger des buildings, elle prend des aspects culturels pour devenir un socle autour duquel se construit une société . En réalité, nos villes seront plus intelligentes parce qu’elles seront plus adaptées à nos modes de vie, naturellement à la seule condition que l’architecture au centre en devienne une véritable science. Actuellement en Afrique on a un déficit dans la recherche architecturale que ce soit dans le travail ; sur la culture, l’homme ou encore les matériaux. Il faut féliciter les travaux qui se font déjà, mais il y a encore beaucoup à faire. L’architecture porte plus un message scientifique, artistique, culturel et humanitaire.

Gratte-ciel/baobab yaoundé Cameroun 2015

Il y a toujours un bug dans la définition du développement. Lorsqu’on l’utilise comme qualificatif d’une situation, il se rapproche plus d’un terme abstrait que concret. Parce que ne contenant aucun critère précis si oui, à la convenance du locuteur. Soit à mon sens ça reste un gros mot qui ne veut pas dire grand-chose parce qu’il doit toujours être très encadré. Pour comparer des niveaux de développement entre entités à l’exemple de l’Afrique et de l’Europe, il faut qu’Africains et Européens définissent à chaque fois clairement les critères et champs à prendre en compte. Sinon on court vers le noir. Pour illustrer le cas de figure, le mot Avant-gardiste est utilisé en remplacement au terme tel que développé. Avant-gardiste est une stature qui explicite les actions nouvelles et postures d’artistes ou architectes sans en faire une apologie particulière par rapport aux pratiques existantes ou usuelles. Pour une foule le mot développement inspire l’espoir et perspective parce que le mot lui-même est très attaché au futur. En anglais, l’entourloupe est très visible avec le présent continuous Tense. Personnellement pour moi c’est un terme générique qui doit être très bien encadré à chaque usage, et dans ce cas, associé au contexte, il inspire bien de meilleure perspective pour l’avenir. Dans le cas contraire, c’est difficile parce que le virer du dictionnaire pourrait nous créer beaucoup de problèmes avec les politiciens du 21ème siècle qui n’ont que ça à servir au peuple lors des discours : C’est bien ça la bombe atomique du début du siècle, Développement.

Il est vrai que le « Lagos’s Wooden Tower/ Abebe Court Tower » n’est pas votre seul projet qui a remporté des prix, pouvez-vous nous en dire plus sur vos autres projets qui ont obtenu une reconnaissance internationale ?

Il existe les nuances dont il faut lever l’ambiguïté, Lagos’s Wooden Tower/Abebe Court Tower est notre seul projet que nous avons jusqu’alors présenté pour des prix internationaux, néanmoins il n’est pas notre seul projet qui jouit de reconnaissance internationale. D’autres projets comme la régénération du lac Tchad « The Forgeotten – Dead or Alive » et celui sur le concept de smart building « Natvive Skyscraper/Baobab Twisting Skyscraper » ont reçu une bonne reconnaissance de la presse internationale.

MAISON Olga, maître d’ouvrage privé à yaoundé Cameroun 2017

Selon vous, existe-t-il une «architecture propre à l’Afrique»?

Bien que les avis restent mitigés sur la question, je pense que oui il n’existe bel et bien pas une architecture propre à l’Afrique, mais plus spécifiquement des Architectures propres aux cultures africaines. Mon positionnement tire ses racines dans l’histoire de nos civilisations, de nos cités, mais bien avant, je pense que l’aspect mitigé de la question est très lié à l’architecture d’après indépendance. Sous un certain angle, il faut dire que l’inexistence d’architectures typiques à l’Afrique s’est fortement observée dans la période après Indépendance. Brièvement, le colonisateur était maitre et décidait de tout y compris de cette architecture. Notre culture a été influencée à tel point que les premiers architectes africains ayant principalement étudiés en Europe n’avaient pour modèle que l’architecture inspirée de la culture occidentale. Il y a donc eu une rupture qui a duré des décennies. Ce n’est que très récemment que ce phénomène de retour aux sources est revenu à la mode. Je pense que plusieurs styles vont se développer en Afrique parce que les architectes sont issues des réalités différentes. Un édifice écologique et performant à Yaoundé peut perdre tout son sens à Marrakech ou à Maputo. L’Afrique est entrée dans sa grande expansion que je peux qualifier d’Âge d’Or après des années de fermeture, les architectes du continent sont aussi talentueux que ceux des autres continents parce qu’ayant fait les mêmes écoles et ayant accès aux mêmes savoir. On est donc très connecté et très informé sur le monde, on sait de plus en plus ce que veut dire un héritage culturel. Si on voit la question sur ce sens, il y aura donc l’avènement pas d’une « Architecture propre à l’Afrique », mais des « Architectures propres aux cultures et réalités africaines » parce que c’est un continent qui compte près de 2000 groupes ethniques de quoi varier notre approche de la question. La question est : quels seront ces styles, ces Architectures ?

Musée d’histoire et d’art africain, recherche Yaoundé 2016

Si la question s’étudie dans le sens d’un style africain, ça deviendrait trop complexe et ça n’aurait pas de sens parce qu’il n’existe pas de style européen ni de style américain ou asiatique : pourquoi l’Afrique devrait-elle être contrainte à avoir un style? Je ne pense même pas qu’une architecture typique à l’Afrique soit possible, parce que l’architecture est influencée par le contexte géographique/climatique, culturel et le mode de vie. Pensez-vous que tous les peuples de l’Afrique allant du Caire au cap pourraient avoir une architecture typique alors qu’ils sont influencés par des contextes différents ? pensez-vous qu’une maison écologique dans le désert du Sahara ait du sens dans la forêt équatoriale ? Bien évidemment que non. Dans la même optique s’il faut se référer à l’Europe, à l’Amérique ou à l’Afrique elle-même, on constate que des architectures/Styles se sont développées en fonction des civilisations (Rome antique, Grèce Antique, Aztèque, Égypte Antique, Monomotapa, Ashanti, Songhaï). Si tel est le cas, au regard de l’histoire commune de l’humanité je ne crois pas qu’il y aurait un jour où les besoins de tout le monde vont coïncider  ; en d’autres termes, l’hypothèse des besoins identiques entre tous les peuples d’Afrique et très peu envisageable : Sauf dans l’idéal des mondes.

Ne perdons jamais de vue que l’architecture combine Science et Art. Sa raison d’être est de satisfaire un besoin, celui de fournir des abris qui peuvent être déclinés en typologie de bâtiments. De ce fait, les besoins s’expriment de diverses formes avec diverses contraintes à la fois naturelles et humaines, ce qui rend son uniformisation pratiquement impossible. La meilleure façon de tuer l’humanité serait d’uniformiser les besoins des hommes soit, en  Afrique, ce serait de promouvoir la même Identité architecturale pour 1,2 milliard de personnes. Le débat reste ouvert sur cette question, j’espère que j’aurai l’honneur un jour d’avoir à discuter de ce sujet avec d’autres architectes africains et des médias sur le sujet.

 industrie pharmaceutique, maître d’ouvrage UNIPHARM 2017

Quelles sont vos perspectives pour l’année 2018 ?

Pour l’année 2018, les perspectives sont plutôt intéressantes dans la mesure où je dissocie celle de l’agence et les miennes. J’entrevois un développement dans l’Édition, publication et recherche. Il serait intéressant d’avoir quelques échanges avec des écoles, d’autant plus que nous avons une réelle expérience à partager.  Je suis honoré par l’invitation de la South African Institue Of Architects à son forum annuel ArchitectureZA 2018 — AZA18 comme conférencier au côté d’architectes internationaux afin de partager une expérience sur le thème : Résilience & Memory- We the City. L’évènement se tiendra du 03 au 05 mai 2018 à Pretoria. J’introduit donc la deuxième journée et le thème de l’événement est ” We The City: Memory and Resilience.”  l’événement est organisé par la South African Institute Of Architects (SAIA) and Co-accueilli par l’University of Pretoria (UP) and the Tshwane University of Technology (TUT). Architecture ZA 2018 – AZA18.

Je suis aussi un Jury International  du Prestigieux PPC Imaginarium Award 2018 organisé par Pretoria Portland Cement Company (PPC). le jury prendra place lors de l’Architecture ZA 2018. 
PPC Imaginarium Awards Nous sommes invités à Mexico des  6, 7, 8, September 2018 au 2nd Next Generation Awards Lab. Un Atelier International organisé par le groupe  LafargeHolcim Next Generation Awards Lab pour les gagnant, finalistes et un liste restreinte d’auteurs qui se sont distingué lors du 5th international Awards competition leurs idées dans la construction durable. 
J’y ferai aussi une conférence sur le projet  Lagos Wooden Tower and Sustainable Architecture” Check Previous Next Generation Lab 2014

La deuxième grande expérience cette année est l’invitation au premier atelier organisé par la Fondation LafargeHolcim : Next Génération Lab en fin d’année 2018 à Zürich faut-il mentionner que cette invitation à ce tout premier atelier découle de l’excellence des projets de HKA lors du récent Awards organisée par ladite fondation, nous n’avons pas été primés, mais tous nos projets soumis dans toutes les régions ont reçu des certificats d’excellence. C’est à cet effet que nous avons été invités pour féliciter la contribution de HKA dans la création d’un monde plus durable et meilleur. À côté de ceux-ci, quelques évènements sont en préparation. S’il y a cette année un évènement qui me tient, c’est bien la préparation d’une conférence pour l’école dont je suis diplômé ; l’EAMAU (École Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme), je trouve que ce serait dommage de ne pas échanger ma jeune expérience avec les diplômés, il n’est pas nécessaire de concentrer des expériences si on ne peut pas les partager. Néanmoins, il faut reconnaitre que seuls les étudiants et l’administration de l’école restent compétents à juger de cet évènement. Brièvement, il faut développer une stratégie de communication qui permet d’entrer dans divers types de marchés, je pense au Privé, public et aux institutions. Ceci dit il faut davantage faire de communication sur la qualité du service offert par HKA.

En ce qui concerne HKA, nous sommes heureux de dire que nous commençons l’année avec  de bonnes notes : deux expositions internationales du projet Lagos’s Wooden Tower sont en cours, Timber Rising au Royaume-Uni et Utopia International Design Exhibition en Chine. Nous continuons de faire les gros titres de la presse internationale aussi bien dans l’architecture que la finance. Maintenant, il faut créer de l’évènement autour de ce projet, en particulier au Nigeria où nous sommes en train de travailler cette communication. Bien que les Awards ne soient pas nécessairement l’urgence en cette année, ils restent un excellent argument qui atteste de la qualité d’un projet et par ricochet celle de l’équipe de créateurs. En 2017, HKA s’est constitué des références assez solides pour affronter la concurrence à tous les niveaux. Maintenant, il faut voir comment transformer tout ça en collaborations fructueuses aussi bien avec d’autres bureaux qu’avec des clients. Il faut diversifier l’offre de service, la clientèle sans oublier l’équipe.

Voici quelques références de HKA à ce jour : PRIX & RÉCOMPENSES

  • Finalist| Inspireli Awards 2017| Vision| Lagos’s Wooden Tower | 2018
  • AR Standard| MIPIM/AR Future Projects Awards | Residential | Lagos’s Wooden Tower | 2018
  • Shortlisted at the Plan Award with  Lagos Wooden Tower  The Plan Awards
  • Selectionné  pour le MIPIM/AR future Project Award Book et Finaliste aussi avec Lagos Wooden Tower MIPIM / AR Future Project Award 2018
  • Shortlisted at WA Awards 27th Cycle with  Fine Flower – Dubai Heart  WA AWARD 27th Cycle – Shortlisted

Pour lire l’interview au Financial times, Special Report In Nigeria By Adrienne Klasa  Finacial Times – Special Report Nigeria: Art & Design _ March 2018

Pour en savoir plus sur les prix, récompenses expositions, les publications des magazines notre site internet. https://www.hermann-kamte.com/

guy.cedric.konan@gmail.com

Gestionnaire Urbain / DIE-GU est diplômé de l'Ecole Africaine d'Architecture et d'Urbanisme de Lomé au Togo. Il est présentement Chef d'Agence Côte d'Ivoire chez KODJI Agency, mais aussi et surtout Rédacteur en chef bénévole chez Archicaine Webmagazine depuis 2013. Simple et dynamique, ce jeune ivoirien est passionné d'entrepreneuriat et de sport automobile.

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