Home / Architecture  / Interview avec Guillaume Sardin,Groupe de reflexion Georges Pericles Rwanda-France

Interview avec Guillaume Sardin,Groupe de reflexion Georges Pericles Rwanda-France

1) Bonjour à vous Guillaume Sardin, votre « groupe de réflexion » comme vous le nommez, suscite pour nous un intérêt particulier en raison du lien que vous faites entre Architecture, Design et Culture. Cependant, de ces

1) Bonjour à vous Guillaume Sardin, votre « groupe de réflexion » comme vous le nommez, suscite pour nous un intérêt particulier en raison du lien que vous faites entre Architecture, Design et Culture. Cependant, de ces trois principales disciplines qui sont en quelque sorte les piliers de vos travaux, laquelle est le point de départ de vos conceptions architecturales ?

George Pericles est en effet un groupe de réflexion constitué de consultants indépendants, design et architecture. Nous collaborons en fonction des projets et des opportunités. C’est une structure qui nous permet d’être très flexible et très réactif.

Je serais tenter de dire que la culture est le point de départ. En envisageant la culture comme un patrimoine, un usage qui se transmet. Tous les travaux que nous réalisons au sein de George Pericles, tournent autour du Design Culturel. Nous pensons que la globalisation, l’internationalisation des financements ne doit pas résulter dans la simplification et la standardisation de la production architecturale et graphique. Au contraire, il y a une chance à saisir pour créoliser cette mondialisation.Pour nous, combiner modernité et héritage, est un vivier d’inspiration et d’innovation. Et surtout un moyen de trouver des solutions nouvelles pour les défis auxquels le monde fait face.

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-19

  1. Vos objectifs vous ont poussé à faire des recherches sur l’architecture, l’urbanisme et la culture rwandaise. Au regard donc de vos résultats, comment pouvez-vous caractériser la culture architecturale rwandaise ?

La culture architecturale rwandaise est en cours de création. Comme tous les pays qui ont subi la colonisation, le pouvoir colonial a ré-écrit l’histoire du peuple rwandais. Le résultat est le dénigrement, encore aujourd’hui d’un savoir populaire et une fascination pour ce qui est importé.Ce qui ressort des recherches, que j’ai entreprises, est l’intelligence et la complexité des manières de vivre Rwandaises. Les Rwandais ont une inventivité sans fin pour modeler l’espace. La question de l’intimité est primordiale, et les cours, arrières cours, bosquets jouent un rôle subtil et central.Mais cette inventivité a tendance à s’effacer dans les constructions contemporaines, qui sont le plus souvent des copiés-collés de l’Occident et de l’Asie. À Kigali, les banlieues à la Malaisienne et les copies de villas américaines poussent comme des champignons. Ces bâtiments, en plus de ne pas répondre aux contraintes du contexte – utilisation d’air climatisé, création d’une ville du tout-voiture- , ne rendent pas honneur à la subtilité et la beauté de l’art de vivre Rwandais.

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-18

  1. Comment votre implantation s’est elle faite au Rwanda ? Dans quel contexte ?

Je suis d’abord venu au Rwanda en 2010 pour visiter ma famille. Un an plus tard, après avoir été diplômé de l’école d’architecture de Nantes, j’ai reçu une offre pour enseigner la théorie de l’architecture dans le département d’Architecture de l’Université du Rwanda. C’est un choix que je ne regrette pas.

  1. Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Quels ont été vos soutiens ?

Convaincre, se faire connaitre et se faire comprendre n’est jamais aisé, encore plus quand on commence. Mais toutes ses difficultés ont permis d’affiner et préciser la vision que nous voulons partager et promouvoir grâce à George Periclès. Les soutiens ont été multiples. L’originalité de nos projets et de notre démarche au Rwanda, nous a permis de nous faire connaitre.

Serait-il possible de dire que vos travaux et votre vision pourraient donner une toute nouvelle définition à l’architecture au Rwanda ? Pourrait-on alors parler de nouvelle « architecture rwandaise » ou dans une plus grande perspective, d’architecture « africaine » ?

Cela serait très prétentieux. À travers le travail de George Periclès, nous essayons simplement, avec les moyens dont nous disposons, d’initier un débat et proposer de nouvelles solutions. Mais en effet la finalité est de montrer par l’exemple, qu’il est existe une nouvelle voie pour l’architecture au Rwanda et en Afrique. Nos projets résidentiels comme Rebero Villa et New Rugo en sont de bons exemples. Rebero Villa décompose le programme autour de petites cours qui découpent l’espace. La maison se joue de l’opposition entre le besoin d’intimité rwandais et la beauté de la vue, tout en faisant la part belle aux matériaux locaux.

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-4

Rebero Villa  Plan du Rez-de-Chausée

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-2

Rebero Villa  Vue de la cour principale

 

Quant à New Rugo, il développe une approche innovante et modulaire à la pénurie de logements dignes en milieux rural. Il mélange les qualités de l’enclos traditionnel – Urugo- et les progrès en matière d’hygiène et d’accès en infrastructure.

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-6interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-8

images New Rugo –  Diagramme typologique et vue intérieure d’un des modules.

 

Qu’ils soient une villa sur les hauteurs de Kigali ou un projet de logement social, ils puisent dans l’art de vivre à la Rwandaise et satisfont aux aspirations du pays et des habitants pour plus de confort. Notre approche est bien évidement transposable dans d’autres régions d’Afrique. Construire, en Afrique, dans des régions aussi riche culturellement, exige de l’humilité et de la générosité. Il faut comprendre les manières de vivre, sortir de la standardisation pour pouvoir répondre au défis de l’Architecture en Afrique. Le continent le mérite.

  1. Le lien entre l’architecture et l’urbanisme est indéniable, et on parle de plus en plus aujourd’hui de requalification urbaine des villes Africaine. Ainsi, pour vous, comment serait-il possible de trouver le bon équilibre entre ces différentes disciplines avec la Culture et le Design ?

Je ne parlerais que de la ville rwandaise. Chaque régions et ville du continent africain mérite d’être étudié avec soin pour en comprendre les enjeux qui leurs sont propres. Il est vrai que la requalification des villes africaines est un sujet très actuel. Il est dommage de voir des villes comme Kigali s’urbaniser sans réfléchir à ce que peut devenir une ville au Rwanda. La ville construit des centres commerciaux, des banlieues pavillonnaires, encourage le tout-voiture. Récemment la ville a débloqué des fonds pour créer des parcs publics. C’est une bonne initiative, mais un parc public pour des Rwandais ne peut pas être le même que pour des Français ou des Chinois. Le Rwanda n’a peut être pas besoin de boulevard à la parisienne ou de festival marketplaces. Il y a des opportunités pour redéfinir les programmes. Il faut se servir de la richesse du pays pour créer la ville et non pas simplement en somme innover pour proposer plus aux Rwandais. On se croit parfois dans SimCity où l’on pose des projets et des programmes tout fait sur le site. La ville africaine a besoin d’être innovante. Architectes et Urbanistes ont besoin de comprendre les enjeux. Ils doivent trouver l’équilibre entre richesse du local et les progrès techniques. Ils doivent expérimenter.

Avec Bumbogo, un des premiers projets de George Periclès qui a été primé par la Fondazione Banco di Sicilia,  nous cherchions cet équilibre : comment attirer les investisseurs internationaux tout en produisant de la ville qui réponde aux besoins des habitants et qui célèbre leurs arts de vivre.

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-17

 

Masterplan  de Bumbogo

coupe_programmeCoupes types de Bumbogo

  1. Quelle est la place de l’architecture et du design dans la culture ancestrale rwandaise selon vous ?

Le colonialisme et la soif aveugle d’une modernité calquée sur le modèle à l’occidentale ont tour à tour détruit la culture du Design de l’ancien Rwanda, si l’on peut se permettre cet anachronisme. L’esthétisme jouait un rôle central dans l’ancien Rwanda. Le Urugo, l’habitat traditionnel, est souvent perçu comme une simple hutte. Il est au contraire d’un raffinement extrême. Toutes les pièces de construction qui le compose, des piliers – ikinigi- aux cloisons en vanneries – ibisika- reflètent ce soucis du beau. Simplicité et raffinement de la mise en oeuvre avaient une place centrale dans le Rwanda Ancien

  1. Quel a été votre premier véritable projet ? et quels ont été les projets les plus marquants de votre organisation ces dernières années ?

Mon premier projet a été la réalisation de l’esquisse d’une maison pour un client privé. Le projet prenait en compte le besoin d’intimité et l’envie du client de s’ouvrir sur la vue, grâce à deux murs en pierre autour desquels se nichent les pièces. Les projets marquants et récents de George Periclès, je pense , pourrait être le Rwandan Heraldry Projet et New Rugo, dont j’ai parlé un peu plus haut. Le Rwandan Heraldry Project un projet de nation-branding et New Rugo est un projet de logement social pour les communauté rurale du Rwanda et du Burundi. Mais les projets les plus marquant sont ceux qui n’existe pas encore !

  1. Quels sont les plus importants défis à relever aujourd’hui pour un meilleur futur de l’architecture rwandaise ?

Actuellement, la majeure partie de la construction au Rwanda est très standard et importe beaucoup – typologies, programmes et matériaux. Elle est peut généreuse. Je ne parle pas forcément de style, mais plus de la grammaire architecturale : comment l’on organise un projet, quel plus on amène aux clients et à la société. Lorsque dans un pays comme le Rwanda, la majorité des matériaux de construction est importé, le boom de la construction ne profite pas aux pays. En tant qu’architecte, nous avons le devoir de conseiller les clients et les maitres d’oeuvre pour utiliser un peu plus et encourager les matériaux locaux pour développer l’économie. Un pays comme le Rwanda qui a réussi en 20 ans a se reconstruire autours de ses propres valeurs grâce à des initiatives comme Girinka ou Agaciro, doit croire plus dans ses propres richesses et connaissances pour produire une architecture plus locale, plus généreuse. Une architecture en accord avec ce que sont les Rwandais. C’est possible, nos projets le prouvent.

  1. Collaborez-vous avec l’ordre des Architectes du Rwanda et les autorités et autres organismes internant dans vos différents domaines d’action ? Si oui, comment se passent ces collaborations ?

Nous collaborons avec les étudiants en Architecture de l’Université du Rwanda à travers des stages et des workshops que nous auto-finançons. En Juin dernier, nous avons financé et organisé un workshop : Learning From Kigali. Nous avons passé de 3 semaines à la lisière de Kigali pour analyser les manières de construire la ville entre planification et informel. Le retour des étudiants à été trés positif. Ils ont vu comment on pouvait repenser le rôle de l’urbanisme et de l’architecture en apprenant des habitants.

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-14

interview-avec-guillaume-sardin-groupe-de-reflexion-georges-pericles-rwanda-france-16

Extrait de la publication et l’équipe de Learning from Kigali à Kininya

Toutes nos collaborations sont basées sur l’échange, et non une relation de maître à élèves. Le dialogue est à chaque fois fécond

10 ) Quelles sont les plus grandes perspectives de développement de l’organisation Georges Périclès ? Si vous aviez une phrase à dire pour traduire votre vision de l’architecture ?

Nous nous adaptons en fonction des projets que l’on nous propose, c’est l’avantage de notre structure : elle est flexible. Les perspectives sont nombreuses, cette approche entre tradition et modernité intrigue et intéresse énormément, au Rwanda mais aussi en Afrique. Pour moi l’architecture, cela pourrait être généreux tout en restant simple et attentif.

Pour plus d’infos sur le Groupe Georges Pericles   http://www.georgepericles.com/

 

Interview réalisée par

Guy  Cedric Konan

Rédacteur en Chef chez Archicaine
Master 2 Gestion Urbaine : Planification Territoriale et Collectivités Locales

École Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU)

BP 2067 Lomé, TOGO

guy.cedric.konan@gmail.com

+228 92 856 294 / +228 98 762 832 / +225 47 914 605 / +225 02 144 225

 

 


 

nicouer@yahoo.fr

Architecte diplômé de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble, Consultant en Innovation, Steve est le fondateur et directeur de publication du webmagaine archicaine.

Review overview
NO COMMENTS

Laisser une réponse

%d blogueurs aiment cette page :