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Interview. Mamadou Jean-Charles TALL, Architecte associé au cabinet J&T Architectes à Dakar. Sénégal

Architecte engagé, Jean Charles Tall fait partie des doyens de l'architecture Afrique de l'Ouest. En 25 ans, le Senseï Kyoshi Mamadou Jean Charles Tall (ceinture noire 4ème DAN de KEIRAKU) est un homme ouvert qui a été

Architecte engagé, Jean Charles Tall fait partie des doyens de l’architecture Afrique de l’Ouest. En 25 ans, le Senseï Kyoshi Mamadou Jean Charles Tall (ceinture noire 4ème DAN de KEIRAKU) est un homme ouvert qui a été plusieurs fois consulté pour donner son point de vue sur les questions épineuses des villes africaines en général et de Dakar en particulier. La rédaction de Archicaine a rencontré ce personnage emblématique de l’architecture sénégalaise.

 

 

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Bonjour ou Nangadef , pouvez-vous nous dire en quelques mots qui vous êtes ?

 

Mbaa. Toro si te.

Je suis Mamadou Jean-Charles TALL, j’ai 59 ans. Je suis marié et père de deux enfants. Je suis né dans la beauté absolue de la capitale du sud du Sénégal, Ziguinchor.

J’ai fait des études d’architecture à l’Ecole d’Architecture de Marseille-Luminy en France. J’ai également commencé un troisième cycle de géographie (que je n’ai jamais terminé) à l’Institut de Géographie d’Aix-Marseille.

Je suis actuellement Architecte associé au cabinet J&T Architectes à Dakar. Je suis également Président du CA du Collège Universitaire d’Architecture de Dakar dont je suis, avec deux autres collègues, co-fondateur. J’y enseigne l’acoustique, la thermique et l’éclairage et je dirige des ateliers d’architecture et d’urbanisme.

 

Vous êtes architecte et l’un des premiers responsables du CUAD, le collège d’architecture de Dakar. Que pensez- vous de la Formation des futurs architectes en Afrique ?

Il me semble que la formation n’est pas suffisante, en tout cas en Afrique Francophone. Au Ghana, il y a actuellement trois écoles, plus d’une dizaine au Nigeria et en Afrique du Sud… En Afrique francophone au sud du Sahara, nous n’avions jusqu’à récemment que l’EAMAU, après la fermeture de l’école de Dakar. Heureusement, ces dernières années la Guinée a créé une école d’Etat et des initiatives privées ont créé des écoles au Mali, au Cameroun, au Sénégal… Malgré tout, il me semble que nous sommes loin de combler le déficit en architectes dont souffrent nos pays.

Sur le plan pédagogique, je pense que nos écoles souffrent d’un déficit en équipement technique. Nous n’avons, par exemple, pas de laboratoires de tests de matériaux et la recherche est encore à un niveau embryonnaire.

Il y a également que nous ne sommes pas assez ouverts à la coopération. Là où les grandes universités américaines recherchent frénétiquement des collaborations, nous autres africains, nous nous voyons comme des concurrents alors que nous devrions renforcer nos liens pour rattraper le retard que nous avons sur le plan didactique.

Notre environnement n’est pas non plus très motivant. Nos étudiants ne trouvent pas de bourses de recherche, l’industrie de la construction ne finance pas la recherche appliquée et encore moins la recherche fondamentale. Trouver du matériel didactique ou de la documentation à jour est un vrai parcours du combattant.

Heureusement que nous avons l’enthousiasme de nos jeunes qui fait qu’ils sont souvent plus motivés que l’étudiant occidental moyen. Grâce aux NTIC, ils sont aujourd’hui capables de se hisser au niveau des étudiants des meilleures écoles. Mais nous avons encore du chemin à faire pour réaliser nos ambitions pédagogiques.

 

 

Votre réputation dépasse celle de l’Afrique. Pouvez-vous nous expliquer en termes simples quelles sont les actions que vous réalisez dans le cadre de votre activité?

Je crois que la réputation dont vous parlez est plus liée à ma réflexion sur le métier d’architecte et à mon implication comme activiste qu’au succès de mes projets puisque j’ai une activité d’architecte assez modeste.

En tant qu’architecte, je suis responsable de la conception de projets et de la coordination de ces projets au sein de mon cabinet. J’ai également une activité liée à l’urbanisme. Mais je crois que ce qui intéresse vraiment les gens, c’est d’avoir réussi à lier, dans ma pratique, mes activités d’architecte et mon statut de citoyen, en m’impliquant dans la vie de ma société.

 

Vous avez l’habitude de participer au Grand Jury de l’EAMAU en tant que membre. Quelles sont vos impressions sur le niveau des diplômants depuis ces 5 dernières années ?

Les diplômes présentés au Grand Jury sont de plus en plus intéressants. La dernière réforme a, en particulier, permis aux étudiants de se consacrer à un axe  majeur. Le résultat est que les projets sont de plus en plus aboutis.

Par contre, il me semble que la taille des projets proposés par la plupart des étudiants est trop importante. Les étudiants devraient également se poser la question de leur apport à la recherche architecturale. Il ne s’agit pas simplement de montrer que l’on sait concevoir un projet.

 

 

Vous êtes reconnu comme l’un des rares spécialistes africains en HQE? Pourquoi ce choix de spécialisation. Comment pensez-vous l’adaptation  HQE/Afrique ?

En fait, je m’intéresse depuis que je suis étudiant, à l’Architecture Bio-Climatique. J’ai fait une de mes spécialisations au groupe ABC de l’Ecole de Marseille. J’ai toujours été étonné par l’inadéquation de l’architecture moderne aux conditions climatiques dans nos pays, avec une perception très faible des enjeux politiques et sociaux liés à l’efficacité énergétique et à la capacité des architectes à proposer des solutions adaptées aux réalités locales.

Ceci dit, il faut rappeler que la démarche HQE est une démarche spécifique liée à la France. Elle n’est pas universelle. Cependant, c’est une démarche assez efficace pour garder toujours en perspective les enjeux environnementaux dans l’architecture. Mais, pour moi, ce n’est qu’une méthode. Il en existe d’autres. Un jour, peut-être, on arrivera à élaborer des démarches qui nous permettront d’aborder la réalité de l’Architecture Bio-Climatique et nos méthodes de conception avec notre propre perspective.

 

Durant votre parcours, avez- vous obtenu beaucoup de prix et participé à beaucoup de concours ? Lequel de ces concours vous a le plus marqué ? Pourquoi ?

Non au contraire, je n’ai pas participé à beaucoup de concours en mon nom propre et je n’ai pas beaucoup de prix. Je suis surtout reconnu par la communauté des chercheurs et quelques activistes. Je n’ai d’ailleurs qu’une seule décoration dans mon pays (officier de l’Ordre du Mérite). Il me semble que nous autres architectes ne devrions pas accorder une importance trop grande aux prix. C’est vrai que c’est bien pour notre ego, mais il y a des choses plus importantes.

 

Que vous inspirent les mots-clés suivants : Développement – Afrique – Architecture?

Implication et citoyenneté. En tant qu’architecte, nous avons une responsabilité envers nos sociétés. Nous sommes chargés d’élaborer l’espace de vie des populations. Nous ne pouvons donc pas ignorer les conditions de production de cet espace de vie. Ces conditions sont sociales ; elles sont politiques. Et nous sommes en tant que citoyens obligés de nous impliquer. Ce qui ne veut pas forcément dire être dans un parti politique. Mais nous devons participer à la gestion de la cité.

 

Selon vous, existe-t-il une « architecture africaine » ? Expliquez. Pensez-vous qu’il existe des systèmes constructifs propres à l’Afrique ?

Je ne suis pas sûr de ce qu’on appellerait « architecture africaine ». Y a t-il une seule Afrique ? Les modèles culturels qui déterminent la production architecturale ne sont pas les mêmes partout en Afrique.

Réduire la production architecturale africaine à une « architecture africaine » unique me paraît dangereux.

En tout état de cause, l’architecture doit être localisée et les conditions de production de l’architecture au Sénégal ne sont pas forcément les mêmes qu’en Egypte ou en Afrique du Sud. Les conditions culturelles, sociales et politiques de production de l’architecture ne sont pas identiques partout sur le continent. L’architecture produite dans ces conditions différentes sera elle aussi différente d’un endroit à un autre.

Les systèmes constructifs eux aussi sont des systèmes technologiques. Et une technologie n’a pas de nationalité. Pour moi, il n’y a donc pas de technologie africaine ou européenne ou américaine. Pas de systèmes constructifs propres à l’Afrique, mais certainement des systèmes de construction ont été développés en Afrique. Nous espérons qu’ils ne resteront pas en Afrique et qu’ils essaimeront partout dans le monde.

 

Mot de fin

C’est une question à laquelle je ne suis absolument pas capable de répondre. L’architecture n’est jamais totalement finie. Et parler d’architecture c’est comme faire un projet d’architecture.

 

Merci de vos réponses.

 

 

 

Interview réalisée par Essi Farida GERALDO, Architecte-Urbaniste, Chef Projets chez Archicaine Webmagazine

faridageraldo24@gmail.com

<p>Architecte-urbaniste diplômée de l’EAMAU (Ecole Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme à Lomé au TOGO). Depuis peu intégrée dans l’Ordre National des Architectes du Togo.<br /> Elle a une vie associative très épanouie, ce qui lui a valu de défendre les valeurs de son métier à travers son implication en tant que responsable de l’équipe Webmagazine Archicaine au Togo.</p>

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